Deux heures en nuage, embarquement immédiat

Ne dites rien quand arrive le générique de fin. Et restez jusqu'au bout. Il n'y a pas de surprise: c'est juste pour être quelques instants de plus avec Amélie. C'est pas tous les jours qu'on fait un tour en petit nuage. Ce film est un bijou et c'est Audrey Tautou qui brille. Lisez les autres articles de La Libre Cinéma et nos entretiens avec Jean-Pierre Jeunet et Audrey Tautou

Deux heures en nuage, embarquement immédiat
©Elysée
FERNAND DENIS

Réalisation : Jean-Pierre Jeunet. Scénario : J-P Jeunet, Guillaume Laurant. Image : Bruno Delbonnel. Musique : Yann Tiersen. Décors : Aline Bonetto. Costumes : M. Fontaine. Production : Claudie Ossard. Avec Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Rufus, Dominique Pinon, Yolande Moreau, Jamel Debbouze, Maurice Benichou 2h00.

Ne dites rien quand arrive le générique de fin. Et restez jusqu'au bout. Il n'y a pas de surprise: c'est juste pour être quelques instants de plus avec Amélie. C'est pas tous les jours qu'on fait un tour en petit nuage. Alors si on peut le prolonger un peu.

LA GRANDE SOEUR DE TOTO

Amélie est, en quelque sorte, la soeur de Toto. Ils ont ouvert les yeux sur le monde et le regardent de la même façon. Vous vous souvenez, Toto croyait que le travail, c'était se cacher derrière la porte du matin jusqu'au soir, comme son papa. Eh bien, Amélie, pense que son instamatic provoque des catastrophes. Pour résumer, Toto et Amélie vivent sur une planète qu'ils ont inventée. Elle est si près qu'on les croit sur la Terre, même s'ils ont l'air dans la Lune. Amélie sait qu'elle vit à côté, c'est même ce qui lui plaît. Elle n'attend rien de la vie, ni joie, ni peine.Pourtant, le 30 août 97, la vie lui fait un cadeau. En apprenant l'accident de Lady Di, Amélie laisse échapper le bouchon rond de son parfum. Il roule par terre à toute vitesse, percute la plinthe, déchausse le carrelage, découvre un trou. Elle y glisse la main et saisit une vieille boîte rouillée. À l'intérieur: une dinky toy, un coureur à vélo en plastique, des souvenirs de petit garçon enfermés depuis 40 ans. Alors Amélie a une idée: retrouver l'homme qui était ce gamin, lequel habitait son appartement.

STRATAGÈME

Des idées comme cela, Amélie en a souvent, ce qui finit par lui faire un fabuleux destin.Des idées, Jean-Pierre Jeunet en a beaucoup aussi. Et comme Amélie, il a plutôt le fond généreux. Il aime les donner, les partager, tout en vivant hors de la réalité. Comme son héroïne, il utilise un stratagème pour se mêler de la réalité des autres: le cinéma. Avec la même intention : apporter un peu de bonheur et de fantaisie. Comme Amélie, il aime se prendre pour le hasard, pousser la vie dans une direction, celle qui fera du bien. On sourit, on est émerveillé, attendri, ému. Comme eux, on oublie le réel, emporté sur un petit nuage, on ne veut plus redescendre.

On est si bien près d'Amélie, jolie comme Audrey Tautou, avec son visage tout frais, ses grands yeux noirs et malicieux. Pour toujours, Audrey sera Amélie, elle lui a apporté tant de pétillance, de grâce et d'enfance. Émerveilleuse.

IL ÉTAIT UNE FOIS À 18H 28'32»

Et Jean-Pierre Jeunet est craquant aussi. Il faut remercier les Américains de nous avoir rendu le réalisateur de «Delicatessen». Il aurait été dommage d'abandonner là-bas un garçon avec tant d'imagination, d'humour et de poésie au bout de la caméra. Pour paraphraser Proust qui suggérait qu'on laisse les belles femmes aux hommes sans imagination, il faut laisser Hollywood aux cinéastes sans imagination.

Mais au fait, ça parle de quoi ce fabuleux destin d'Amélie Poulain ? Il était une fois le 3 septembre 73 à 18h 28'32», une mouche, produisant 14.610 battements d'ailes à la minute et se posant rue Saint Vincent à Montmartre.

© La Libre Belgique 2001

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