Christina Ricci, actrice en révolution permanente

PAR JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS
Christina Ricci, actrice en révolution permanente
©DOC. CINÉLIBRE

RENCONTRE

D'autres, sans doute, seraient restées bloquées à la case enfant-star - quelques rôles, et puis s'en va. Mais si elle demeure l'inoubliable Wednesday Addams des deux films tournés au début des années 90 par Barry Sonnenfeld - "mais pas pour tout le monde, tempère-t-elle, je rencontre des gens qui ignorent même que je suis actrice"-, Christina Ricci sut aussi rapidement se réinventer. On la vit ainsi imposer sa personnalité chez Ang Lee ("The Ice Storm"), Terry Gilliam ("Fear and Loathin' in Las Vegas"), John Waters ("Pecker"), et autre Tim Burton ("Sleepy Hollow"). Non sans qu'elle se profile bientôt en égérie du cinéma indépendant américain, produisant les films des uns quand elle ne tournait pas dans ceux des autres - Don Roos ("The Opposite of Sex") ou Vincent Gallo ("Buffalo '66").

Que l' "indie queen", comme la baptisa un jour un publiciste, croise la route de Woody Allen tombait pratiquement sous le sens. "Je ne pense pas que son nom m'ait jamais été inconnu, racontait-elle, sourire aux lèvres, lors de la dernière Mostra de Venise. Mes parents étaient des inconditionnels; le premier de ses films qu'ils m'ont montré est "Hannah et ses soeurs", je devais avoir sept ans..."

Suivraient beaucoup d'autres de ses films - "Stardust Memories" est mon favori, je l'adore, Charlotte Rampling y est stupéfiante" - et le rêve, partagé par tant de comédiennes, d'un jour y figurer. "Vous savez, pour moi comme pour beaucoup d'autres, il est l'un des metteurs en scène les plus importants qui soient, poursuit Christina Ricci. Il est Woody Allen. Jouer pour lui est extrêmement gratifiant. Ses films reposent intensément sur les dialogues, il y a un niveau d'énergie ne se démentant jamais pendant qu'on tourne, et c'est un homme d'une profonde intelligence, incroyablement intéressant..." D'une exigence rare, aussi: "Il sait exactement ce qu'il veut, et n'a pas son pareil pour vous dire quand c'est mauvais. Mais du fait de son exigence-même, lorsque vous faites quelque chose de bon et qu'il vous le dit, cela a beaucoup plus de signification qu'avec d'autres réalisateurs..."

Angela, son personnage névrosé, l'actrice y voit pratiquement un archétype allénien: "son univers de cinéaste m'est tellement familier qu'à tout moment, je pouvais la rapprocher d'un personnage que j'avais déjà vu dans ses films. Je n'ai pas apporté grand-chose à Angela, tout se trouvait dans le scénario. Woody arrête la plupart des options, jusqu'aux moindres détails, comme le fait qu'elle soit une fumeuse compulsive, par exemple. Travailler avec lui est vraiment intimidant, j'étais fort nerveuse. Je n'aurais de toute façon pas eu assez confiance pour lui suggérer quoique ce soit. La prochaine fois, peut-être..."

C'est que, à l'évidence, Christina Ricci aimerait répéter l'expérience: "Jamais encore je n'avais vu quelqu'un travailler comme cela. Il décide de ses horaires, part quand cela le chante, il n'y a pas d'obligation de faire la journée, ce à quoi je n'étais absolument pas habituée. C'est évidemment un mode de travail idéal, mais je ne pense pas que quiconque d'autre que Woody puisse se le permettre..."

Dans l'attente de l'éventualité de tourner à nouveau avec le réalisateur de "Manhattan", l'actrice caresse un autre rêve, "faire un film avec Francis Ford Coppola... J'ai vu "The Conversation" dernièrement, et j'ai beaucoup aimé." Non sans formuler un voeu comme on n'en entend que rarement dans un milieu trop souvent voué au jeunisme. "J'aspire vraiment à ressembler à une vieille dame. Cela me paraît plus intéressant, elles ont davantage de personnalité. On peut voir la vie de quelqu'un dans ses yeux, ce par quoi elles sont passées - j'aspire sincèrement à en arriver à un âge où tout cela se montre... Des modèles? Elisabeth Taylor, que j'admire. Parfois, pour me rassurer, je prétends être Liz Taylor. Et Bette Davis, que je trouve fantastique. Je brûle d'avoir pris de l'âge, pour les possibilités que cela m'ouvrira à l'écran. J'espère que le moment venu, être une actrice ayant de la bouteille ne sera plus perçu comme une malédiction à Hollywood...", conclut-elle, posant un instant sur son interlocuteur un regard pénétrant. En termes de vécu, ces yeux-là n'ont pas attendu le nombre des années pour exprimer une intense singularité...

© La Libre Belgique 2004

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