Casser le mythe du vieux savant fou

Entretien

Alain Lorfèvre

Lorsque l'attachée de presse a poussé la porte de la suite de l'hôtel londonien où, avec quatre confrères européens, nous attendions de rencontrer Cillian Murphy, chacun a eu une fraction de seconde d'hésitation : le jeune homme fringant au look de rock star branchée ressemblait étrangement à l'acteur irlandais révélé il y a trois ans par "28 jours plus tard" de Danny Boyle. Seconde surprise : ce sosie n'était pas un jeune premier, mais Brian Cox - homonyme d'un autre acteur célèbre -, consultant scientifique, chercheur au Cern à Genève et physicien popularisé outre-Manche par une émission de vulgarisation scientifique. "Brian fut ma référence, devait nous préciser une demi-heure plus tard le vrai Cillian Murphy. J'ai passé beaucoup de temps avec lui. Je lui ai emprunté certaines de ses attitudes. Hollywood et les films nous ont accoutumés au cliché du savant d'un âge respectable, plus ou moins illuminé. Brian incarne exactement l'inverse et il se trouve que, par hasard, nous nous ressemblons."

Le fait que Danny Boyle réalise "Sunshine" vous a-t-il particulièrement motivé ?

Bien sûr. Je connais Danny et c'est quelqu'un à qui je dois beaucoup et en qui j'ai confiance. Donc, sa présence sur le projet a pesé sur mon choix. Avec lui et le scénariste Alex Garland, j'étais évidemment en terrain connu. Cela étant, le script m'est arrivé de façon classique, via mon agent. Ce n'est pas Danny qui m'a contacté directement. Depuis "28 jours plus tard", j'ai eu la chance de travailler avec d'autres réalisateurs talentueux et j'espère que cette expérience a servi le film. Même si c'était un peu étrange : après "Le vent se lève", j'ai juste eu un week-end de congé, puis je me suis retrouvé téléporté de la guérilla contre l'armée britannique à une mission dans l'espace - ce qui était une transition un peu brutale, mais c'est aussi ce qui fait le charme de ce métier. De plus, Ken travaille plutôt avec une caméra là où chez Danny, tout est beaucoup plus complexe et élaboré en termes de mise en scène.

Dans le cadre de la préparation du film, vous avez expérimenté un vol d'entraînement recréant les conditions de l'apesanteur. Quel genre d'expérience est-ce ?

Excitante et étrange. C'est typiquement une expérience que je n'aurais pas vécue si j'avais un métier disons "classique". C'est un privilège et sur l'instant - quelques secondes -, vous en profitez réellement.

C'est aussi la première fois que vous jouer dans un film avec autant d'effets spéciaux.

Cela n'a jamais mis en danger notre travail en temps qu'acteur. Danny a veillé à ce que nous ne nous retrouvions pas seul face à un écran vert. Il y avait toujours un morceau de décor ou des éléments tangibles pour nous aider à nous projeter dans l'histoire. Par exemple pour la scène où le vaisseau approche de Mercure et où l'équipage est réuni pour contempler la planète avec le Soleil en toile de fond, nous étions devant d'immenses rideaux dorés reflétant la lumière, ce qui nous donnait cette sensation de luminosité intense et irréelle. Reste que lorsque vous découvrez le résultat final avec les effets spéciaux près d'un an après la fin du tournage, c'est assez fantastique et étrange à la fois. Car vous avez une perception tout à fait nouvelle de ce que vous avez joué face à la caméra. La scène où je répare le bouclier thermique avec le capitaine a par exemple nécessité près de cinq semaines de tournage. C'est fastidieux. Mais quand je l'ai vue à l'écran, à cette échelle démesurée, c'est une récompense gratifiante.

Il y a aussi un effet original et très tangible, c'est la caméra placée dans le casque des scaphandres.

Oui, c'est un exemple de la méthode qu'applique Danny à chacun de ses films, qui est d'essayer de trouver un point de vue nouveau. Avec toutes les scènes en scaphandres et la contrainte logique que la visière de ceux-ci soit teintée, il fallait trouver un truc pour qu'on voie les acteurs. Danny et son équipe ont eu cette idée et, tant qu'à faire, ils ont imaginé que cela ferait partie intégrante des moyens de communications de la combinaison. Cela marque ensuite le récit, puisque nous transpirions réellement en gros plan. Il y a une intimité entre le spectateur et les personnages.

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