Voir les cerisiers en fleur avant de mourir
A 60 ans, Rudi et Trudi Angermeier vivent dans une petite ville de la campagne allemande. Les enfants sont partis depuis longtemps; lui attend tranquillement la retraite, tandis qu'elle lui prépare ses tartines et veille sur la maison...
- Publié le 01-10-2008 à 00h00

A 60 ans, Rudi et Trudi Angermeier vivent dans une petite ville de la campagne allemande. Les enfants sont partis depuis longtemps; lui attend tranquillement la retraite, tandis qu'elle lui prépare ses tartines et veille sur la maison... S'ils semblent a priori heureux, il y a comme un vide dans leur vie. Quand Trudi apprend que son mari est atteint d'une maladie incurable, elle n'a pas le courage de le lui annoncer mais elle est bien décidée à profiter du temps qu'il leur reste. Son rêve à elle, c'est de voir fleurir les cerisiers au Japon. Mais Rudi n'est pas un aventurier... Tout juste réussit-elle à l'emmener à Berlin pour rendre visite à leurs enfants et à passer un petit séjour au bord de la mer Baltique...
Mais alors que le couple semble commencer à se retrouver, c'est Trudi qui s'éteint paisiblement, une nuit, dans leur chambre d'hôtel... De quoi pousser son mari à repenser son existence. Sans savoir qu'il est lui-même condamné, il se rend compte du côté inéluctablement éphémère de la vie. Et quel plus beau symbole de cette fragilité que le Hanami qu'aurait tant voulu voir Trudi, ce moment magique du printemps où les cerisiers du Japon fleurissent. Rudi prend donc la décision de rendre visite à son fils à Tokyo... Perdu dans une mégapole étrangère inaccessible, se sentant comme un fardeau pour ce fils vivant dans un appartement minuscule et obnubilé par son travail, Rudi va se laisser prendre par la main par une jeune sdf, danseuse de kabuki dans un parc... Avec elle, il va découvrir la beauté de la culture japonaise et ses liens étroits avec la mort.
Si le spectacle de ces cerisiers couverts de fleurs blanches et roses a quelque chose de grandiose, il est aussi d'une beauté qui touche presque au kitch par sa tonalité douceâtre. La réalisatrice Doris Dörrie en est bien consciente et use de cette dichotomie pour conférer la tonalité très particulière de ce "Cherry Blossoms". Ainsi, n'hésite-t-elle pas par moments à accentuer l'absurdité, voire le ridicule, de la démarche de ce vieil homme, qui, pour permettre à son épouse de vivre son rêve, revêt ses vêtements sous son propre manteau...
En oscillant sans cesse entre le rire et les larmes, "Cherry Blossoms" devient parfois réellement bouleversant. Il réussit alors à toucher une corde sensible au plus profond de nous. Dommage que, dans la dernière demi-heure, Doris Dörrie ne parvienne pas à conclure son film, lui conférant une série de fins successives qui viennent désamorcer la tension émotionnelle mise en place jusqu'alors et finissent par décourager le spectateur...
Scénario&réalisation : Doris Dörrie. Photographie : Hanno Lentz. Musique : Claus Bantzer. Montage : Frank C. Müller&Inez Regnier. Avec Elmar Wepper, Hannelore Elsner, Aya Irizuki, Karl Angermeier... 2 h 07.
