Vincent Rottiers, l'écorché vif du cinéma français

En 2002, on découvrait dans "Les diables" un jeune gamin impressionnant, repéré lors d'un casting sauvage par Christophe Ruggieri. Dix ans plus tard, on retrouve le même visage fermé par l'indignation et la volonté de s'en sortir dans "L'hiver dernier". Entre-temps, Vincent Rottiers a promené sa belle gueule d'ange cassé dans le cinéma français. De "Narco", en 2004, à "Qu'un seul tienne et les autres suivront", de Léa Fehner, en 2009, en passant par le formidable "A l'origine", de Xavier Giannoli. Tandis qu'on le reverra aux côtés d'Olivier Gourmet dans "Le monde nous appartient", du Belge Stephan Streker ("Michael Blanco"). A chaque fois, ce jeune comédien atypique marque les esprits. Pourtant, après 10 années de carrière, le jeune homme de 23 ans se considère toujours comme un outsider. Sur la défensive, très timide, langage "caillera" à la bouche, ce gamin d'Ivry ne cache pas ses doutes. "On connaît des gens qui ont cartonné et puis, du jour au lendemain, on n'en entend plus parler. Ça va tellement vite dans ce milieu. Un coup, vous êtes génial et le lendemain, vous êtes de la merde. Je me dis qu'il vaut mieux se dire que ça peut s'arrêter demain. Même si j'aimerais bien que ça continue toute la vie, j'aimerais bien trouver d'autres choses à côté. Quand j'étais plus jeune, je voulais devenir avocat, être jeune et riche. Mais je ne voulais pas rester toute ma vie à l'école; je voulais gagner ma vie assez jeune. Si ça n'avait pas été le cinéma, ça aurait été autre chose. Devenir acteur n'était pas un but ultime pour moi. Quand j'ai fait "Les diables", j'ai compris qu'acteur, c'était aussi du boulot. J'ai même voulu arrêter, parce que c'était trop dur."

Hubert Heyrendt

Portrait En 2002, on découvrait dans "Les diables" un jeune gamin impressionnant, repéré lors d'un casting sauvage par Christophe Ruggieri. Dix ans plus tard, on retrouve le même visage fermé par l'indignation et la volonté de s'en sortir dans "L'hiver dernier". Entre-temps, Vincent Rottiers a promené sa belle gueule d'ange cassé dans le cinéma français. De "Narco", en 2004, à "Qu'un seul tienne et les autres suivront", de Léa Fehner, en 2009, en passant par le formidable "A l'origine", de Xavier Giannoli. Tandis qu'on le reverra aux côtés d'Olivier Gourmet dans "Le monde nous appartient", du Belge Stephan Streker ("Michael Blanco"). A chaque fois, ce jeune comédien atypique marque les esprits. Pourtant, après 10 années de carrière, le jeune homme de 23 ans se considère toujours comme un outsider. Sur la défensive, très timide, langage "caillera" à la bouche, ce gamin d'Ivry ne cache pas ses doutes. "On connaît des gens qui ont cartonné et puis, du jour au lendemain, on n'en entend plus parler. Ça va tellement vite dans ce milieu. Un coup, vous êtes génial et le lendemain, vous êtes de la merde. Je me dis qu'il vaut mieux se dire que ça peut s'arrêter demain. Même si j'aimerais bien que ça continue toute la vie, j'aimerais bien trouver d'autres choses à côté. Quand j'étais plus jeune, je voulais devenir avocat, être jeune et riche. Mais je ne voulais pas rester toute ma vie à l'école; je voulais gagner ma vie assez jeune. Si ça n'avait pas été le cinéma, ça aurait été autre chose. Devenir acteur n'était pas un but ultime pour moi. Quand j'ai fait "Les diables", j'ai compris qu'acteur, c'était aussi du boulot. J'ai même voulu arrêter, parce que c'était trop dur."

Ses failles, Rottiers n'en fait pas mystère. Il en joue au contraire, se livrant à nu dans "L'hiver dernier". Anaïs Demoustiers, qui partage l'affiche avec lui, n'hésite pas à parler d'acteur "démentiel". Et John Shank ne tarit pas d'éloges sur son comédien. (1) "Quand j'ai rencontré Vincent, il était assis en face de moi, et j'avais envie de le filmer. C'est un jeune acteur d'une puissance incroyable. Un acteur physique qui est prêt à donner beaucoup quand il a confiance. Il s'est jeté dans le vide pour faire ce film. Il ne connaissait rien du tout au monde paysan. Mais, dans son histoire personnelle, il vient d'un endroit auquel il se sent appartenir. Sur son visage, Vincent porte un monde. J'espère vraiment qu'on va le voir autrement que dans ce rôle d'écorché vif."

Pour la première fois depuis "Les diables", Rottiers porte un film entièrement sur ses épaules, quasiment de chaque plan. Mais ce n'est pas ça qui le marque. "Ça fait plaisir d'avoir un film comme ça, qui parle des vraies valeurs : manger, la nature, sans téléphone, sans rien." C'est en cela sans doute qu'il se sent proche de son personnage, à mille lieues de son parcours personnel. "Il y a plein de choses proches de moi : sa vision par rapport à la mondialisation, par exemple. On a du mal à comprendre ce monde. J'espère que les gens qui verront ce film prendront conscience de la vraie valeur des choses. On va pas refaire le monde, mais c'est bien que, de temps en temps, il y ait des films comme ça, plutôt que des grosses comédies ou des films hollywoodiens."

On devine chez Vincent Rottiers, pas vraiment à l'aise en interview et presque aussi taiseux que Johann dans le film, beaucoup de retenue. C'est d'ailleurs l'aspect très physique du rôle qui l'a d'abord intéressé. "C'est ça qui est bon, s'immerger dans un truc qu'on connaît pas vraiment. C'est un peu comme l'Actors Studio Comme Robert De Niro qui fait 5 mois de taxi avant "Taxi Driver". Moi, j'ai pas fait 5 mois de fermier, mais quand même une petite semaine d'immersion, s'amuse-t-il dans un sourire qui illumine son visage. J'ai dû bosser le cheval, apprendre à faire des clôtures de barbelés, à couper des branches à la tronçonneuse, à me laisser approcher par les vaches. Tout ça, ça se prépare. On tournait près de Laguiole, sur les plateaux. Il y a eu des moments où c'était dur quand même, où il faisait vraiment froid. Mais ça servait au personnage, au film. On a pas besoin de jouer : il faisait froid, fallait faire avec ! J'aime les actions, les choses physiques."

Aujourd'hui, Rottiers ne rêve pas à des grands rôles dans de grosses productions. Juste à une chose : qu'on ne voie pas en lui que la petite frappe du cinéma français. "On nous étiquette vite. On m'a vu faire deux ou trois films dramatiques, et on ne me propose que des rôles dramatiques. J'aimerais que les gens voient autre chose de moi. Avec mes potes, je fais que rigoler, mais on ne m'engage que pour faire le cas social ou le mec qui pleure. Après, je ne me plains pas. Tant que je travaille, c'est bien. Mais c'est triste de se dire qu'on vous voit que comme ça. Du coup, on commence à se poser des questions sur soi, sur l'image qu'on renvoie "

Casser son image, cela pourrait passer par la réalisation. Tout jeune, quand ça ne marchait pas trop dans les castings, Rottiers s'était lancé dans le montage vidéo "Après 'Les diables', j'avais même écrit un scénario, que j'avais commencé à tourner avec ma petite DV. J'ai lâché l'affaire mais c'est toujours en tête. C'est mortel de réaliser un film. C'est mieux derrière la caméra. Nous, les comédiens, on est trop des pions. On vous prend, on vous met là, on vous fait faire ceci ou cela. On participe à un truc mais on n'en est pas à l'origine. J'aimerais bien raconter mon truc, donner ma vision. Mais je ne sais pas si j'en suis capable " Et toujours, en leitmotiv, ce manque de confiance en soi, cette fragilité

(1) On lira en pp. 48-49 du quotidien un entretien avec John Shank.

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