"La femme du policier" : Autopsie de la violence conjugale
Trois heures pour décortiquer le naufrage d'un couple. Un film fort signé par l'Allemand Philip Gröning.
- Publié le 16-07-2014 à 14h31
- Mis à jour le 16-07-2014 à 14h32

Trois heures pour décortiquer le naufrage d'un couple. Un film fort signé par l'Allemand Philip Gröning. Pendant près de trois heures, Philip Gröning examine à la loupe un couple a priori banal dans "La femme du policier". Pour son retour à la fiction après "Le grand silence" en 2005, le cinéaste allemand signe une œuvre radicale dans sa forme. De quoi se couper sans aucun doute d'une bonne partie du public. Pour peu que l'on accepte de rentrer dans sa narration si particulière, l'œuvre se révèle pourtant passionnante.
Subdivisé en microchapitres séparés par des bancs-titres stricts, "La femme du policier" met sur le même plan l'observation d'un animal, d'une forêt, une scène de la vie ordinaire ou l'explosion de la violence. Elliptique, la narration décrit de façon naturaliste, quasi entomologiste, avec des plans de plus en plus rapprochés sur les corps, l'évolution d'un couple dans une petite ville de la campagne allemande.
Tous les jours, un jeune officier de police rentre chez lui pour retrouver sa femme et leur petite fille. Ramassant des œufs de Pâques en forêt, plantant quelques fleurs dans leur cour, ils mènent une vie parfaitement ordinaire. Jusqu'à l'ennui. Pourtant, sans avoir l'air d'y toucher, au détour d'un plan, Gröning distille le doute, l'ambiguïté. Il instille une tension, qui semble retomber au chapitre suivant, apaisé, contemplatif. L'homme et la femme jouent dans la salle de bain, apparemment heureux. Pourtant, celle-ci porte un bleu sur l'épaule… De façon implacable, "La femme du policier" décrit froidement l'émergence de la violence.
Par la longueur, le refus d'un récit coulant, Gröning impose au spectateur d'observer une famille au plus profond de son intimité. Par les cassures de rythme, les temps morts volontaires, le cinéaste laisse toute la place à la réflexion du spectateur, lui permettant de construire sa propre histoire… On retrouve ici le cinéma contemplatif de l'auteur du "Grand Silence", formidable documentaire sur le monastère de la Grande Chartreuse. Mais ici au service d'un portrait sans concession de l'emprise psychologique d'un homme sur sa famille. Une proposition radicale, certes, mais passionnante dans sa capacité à rendre compte de la banalité de l'horreur.
Scénario, réalisation et photographie : Philip Gröning. Montage : Ph. Gröning, Petra Barchi et Petra Klimek. Avec : Alexandra Finder, David Zimmerschied… 2 h 55.

