"Le Challat du Tunis" : Sur les trottoirs de Tunis
A Tunis, le Challat est un héros, car il tailladait les fesses des femmes.
- Publié le 22-09-2015 à 10h17
- Mis à jour le 23-09-2015 à 09h11
A Tunis, le Challat est un héros, car il tailladait les fesses des femmes.Le Challat du Tunis. Et qu'est-ce qu'un Challat ? Le Challat, c'est celui qui balafrait les femmes, leurs fesses de préférence, à Tunis en 2003.
Légende urbaine ou réalité ? Une jeune documentariste particulièrement pugnace veut aujourd'hui en avoir le cœur net. Ce ne sera pas facile. Mais deux choses sont établies : dix ans plus tard, personne n'a oublié cette affaire et, pour la population masculine de Tunis, cet homme est un héros. Les femmes n'ont qu'à se vêtir correctement - entendez, emballée dans un sac de la tête au pied.
Un jeune geek y a même trouvé l'argument d'un jeu vidéo où il faut taillader les femmes en tenues moulantes, les voilées ou en burqa n'ayant rien à craindre. Le jeu a d'ailleurs reçu la bénédiction de l'imam local. Ainsi, lorsque la réalisatrice envisage de faire casting pour incarner le Challat dans son docu-fiction, ils veulent tous avoir le rôle. L'un prétend même être le véritable Challat. Et d'après les maigres infos recueillies au commissariat, ce pourrait bien être lui. Sa maman le confirme avec une très grande fierté : oui c'est son fils qui tailladait les femmes, oui son fils est une star.
On hallucine et on perd pied aussi en regardant ce documentaire tant il devient de plus en plus difficile de démêler le vrai du faux. Mais, sculpté par la religion et l'éducation, le rapport des hommes aux femmes est devenu à ce point tordu que la technologie est réquisitionnée pour mettre au point le virginomètre afin de tester la pureté de la fiancée.
Tout cela prêterait à rire si cela ne débouchait au final sur les témoignages de deux victimes bien réelles du Challat, dont le tort n'était pas de porter des tenues sexy mais d'être des femmes, toutes des putes et des messagères du diable, sauf maman.
On comprend mieux pourquoi il est inconfortable si ce n'est dangereux pour une femme de marcher en rue à Tunis. Ou à Bruxelles.

Réalisé par Kaouther Ben Hania. 1h30