"Il est de retour" : Comédie très ambiguë qui ressuscite l'esprit de l'Allemagne nazie

On ne doute pas un instant des bonnes intentions des producteurs de cette comédie allemande lourdaude, réalisée à la truelle pour provoquer eine große rigolade… Le problème, c'est que le film, plus que de dénoncer le discours hitlérien, ne fait sans doute que le propager un peu plus

H. H.

Publié en 2011, le roman de l'auteur allemand d'origine hongroise Timur Vermes "Il est revenu" a connu un vrai succès de librairie, écoulé à plus de 2 millions d'exemplaires et traduit dans une vingtaine de langues. La raison ? Pas ses qualités littéraires, plutôt son protagoniste. Fermes imaginait en effet le retour d'Adolf Hitler dans l'Allemagne contemporaine. Flairant la bonne affaire, Christoph Müller en a acquis les droits pour une adaptation au grand écran, avec la caution morale d'avoir produit en 2005 "Sophie Scholl", sur la célèbre résistante allemande…

Confiée à David Wnendt (auteur, en 2011, de "Guerrière" sur une jeune néonazie dans l'ex-Allemagne de l'Est), cette adaptation se veut fidèle au roman de Vermes. Soit une bonne grosse blague potache et anar' jouant à fond la carte de la provocation à coups de quiproquos et autres blagues racistes.

Comme dans "Borat" de Sacha Baron Cohen, une partie du film repose sur des caméras cachées, qui voient le comédien Oliver Masucci déguisé en Fürher se promener dans la rue pour discuter avec les Allemands d'aujourd'hui. La vision qui émane de ces impostures est tout simplement cauchemardesque. A peine adapté (Hitler envisagerait aujourd'hui une coalition avec les Verts), le discours national-socialiste séduit à nouveau, avec l'idée de rendre l'Allemagne aux Allemands et de rendre sa fierté au "deutsche Volk".

On ne doute pas un instant des bonnes intentions des producteurs de cette comédie allemande lourdaude, réalisée à la truelle pour provoquer eine große rigolade… Le problème, c'est que le film, plus que de dénoncer le discours hitlérien, ne fait sans doute que le propager un peu plus, même quand il dénonce le parti néonazi NPD… Ce qui se dégage d'"Il est de retour", c'est en effet un parfum nauséabond de populisme, de "Tous pourris". Bases sur lesquelles justement, comme en 1933, se construisent les idéologies les plus mortifères. Bien des Allemands que l'on voit dans le film affichent ainsi clairement leur soutien à cet Hitler de pacotille.

Hitler n'apparaît pas ici comme un monstre, plutôt un être pathétique, ridicule mais qui, pourtant, n'a rien perdu de son charisme. Et qui n'est jamais condamné pour ses propos scandaleux, mais bien parce qu'il ose abattre de sang-froid… un petit chien.

A force de multiplier les allers-retours entre réalité et fiction, David Wnendt ne parvient qu'à créer un sentiment de malaise, celui de réactualiser un discours de mort à l'heure où, justement, une bonne partie de l'Europe se retourne vers l'extrême droite. Le réalisateur est d'ailleurs conscient de l'ambiguïté, voire de l'hypocrisie de son film. A tel point qu'il se sent obligé de rajouter des images réelles de cette montée de la xénophobie en Europe et en particulier en Allemagne. Au générique de fin, quand tout le monde a déjà quitté la salle…

"Il est de retour" : Comédie très ambiguë qui ressuscite l'esprit de l'Allemagne nazie
©DR

Scénario & réalisation : David Wnendt (d'après le livre de Timur Vermes). Avec Oliver Masucci, Fabian Busch, Christoph Maria Herbst, Katja Riemann… 1 h 56.

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