"Nerve" : La tyrannie des followers
Thriller efficace pour placer les jeunes face aux dérives des réseaux sociaux.
- Publié le 05-10-2016 à 10h47
- Mis à jour le 05-10-2016 à 10h48
Thriller efficace pour placer les jeunes face aux dérives des réseaux sociaux.Vivant à Staten Island, Vee (Emma Roberts, la nièce de Julia) est une jeune fille bien de son temps. D'une main experte sur le clavier, elle est capable de répondre à un e-mail, mener une conversation FaceTime, écouter un morceau sur Spotify et checker ses notifications Facebook. Dans la vraie vie, Vee est une fille sage. Sa copine Sydney, au contraire, ose tout grâce au nouveau jeu "Nerve", dont la seconde saison se déroule à New York. Soit une version 3.0 du jeu de la vérité. Il suffit de se créer un profil et de décider si l'on est joueur ou l'un des milliers de simples suiveurs. Lesquels proposent, contre récompense, des défis aux joueurs… Vee se laisse tenter. Son premier défi : pour 100 dollars, embrasser un inconnu. Celui-ci se révèle être Ian, l'une des stars du jeu, avec qui elle va faire équipe dans des épreuves toujours plus dangereuses...
Adapté du roman "Addict" de Jeanne Ryan, "Nerve" est un thriller pour ados haletant, qui utilise de façon intelligente le langage des jeunes pour les mettre face au monde dans lequel ils vivent, celui des "J'aime" de Facebook et des followers de Twitter ou Instagram. Là où "Hunger Games" utilisait les codes de la téléréalité pour dénoncer l'idéologie néolibérale sous-jacente dont elle est porteuse (gagner en éliminant tous ses adversaires), "Nerve" met en effet en garde les ados sur le danger des réseaux sociaux et de la virtualité de ceux-ci.
Sauf que la réalité virtuelle n'est plus du tout celle qu'imaginaient Cronenberg dans "eXistenZ" ou les frères Wachowski dans "Matrix", soit un univers numérique parallèle dans lequel on se balade par le truchement d'avatars. Aujourd'hui, c'est devenu plus pervers, la frontière entre réalité et virtuel étant abolie, en même temps que celle de la vie privée. Avec des risques bien réels ceux-là, qui poussent certains jeunes au suicide…
Axant leur réalisation sur l'utilisation des codes des réseaux sociaux - où le smartphone est devenu la caméra qui enregistre chaque moment de nos vies -, Henry Joost et Ariel Schulman (qui ont fait leurs débuts avec "Paranormal Activity" 3 et 4) livrent un film parfaitement en résonance avec l'époque. Trop calqué sur la narration des jeux vidéos qu'il décrit, le scénario finit par pédaler dans la semoule, se servant un peu trop dans sa dramaturgie de ce qu'il prétend dénoncer. Avec le risque qu'une telle efficacité détourne finalement les jeunes spectateurs du propos du film. Celui-ci a en tout cas connu un gros succès outre-Atlantique (40 millions de dollars de recettes, pour un budget de 20). On craint la suite, qui serait totalement contradictoire avec le message de "Nerve"…

Réalisation : Henry Joost et Ariel Schulman. Scénario : Jessica Sharzer. Avec Emma Roberts, Dave Franco, Juliette Lewis… 1h36