Les visages de l'Amérique à Gand
Le festival de Gand a récompensé, hier, "A Quiet Passion" de Terence Davies.
- Publié le 22-10-2016 à 10h04
- Mis à jour le 22-10-2016 à 10h06

Ce samedi soir, le festival de Gand se clôturera en musique au Vooruit, avec la projection de "Lefto - In Transit", documentaire de Kurt De Leijer consacré au DJ belge LeFtO. Une façon cohérente de refermer les portes du plus musical des festivals de cinéma de Belgique. Mercredi, lors d'une grande soirée-concert au Capitole, étaient ainsi décernés les seizièmes World Soundtracks Awards (cf. Épinglé), qui ont vu le grand Carter Burwell s'imposer comme compositeur de l'année. Notamment pour son travail sur "Ave, César !" des frères Coen, dont il accompagne la filmographie depuis leur premier film "Blood Simple" en 1984.
Côté Compétition, c'est vendredi soir que le jury dévoilait son palmarès. Composé, entre autres, du réalisateur franco-vietnamien Tran Anh Hung et de l'écrivain britannique Jonathan Coe, celui-ci a été séduit par la rigueur de la mise en scène du Britannique Terence Davies, couronnant A Quiet Passion, très belle biographie d'Emily Dickinson portée par une étonnante Cynthia Nixon (la rousse de "Sex and the City"). Signe de la frilosité d'Hollywood ? Cette évocation de la vie de la plus grande poétesse américaine du XIXe siècle (en salles, le 2 novembre) a été réalisée sans un seul dollar. Tourné en grande partie près d'Anvers, le film est en effet une coproduction entre la Grande-Bretagne et la Flandre…
Une Amérique divisée
Si le festival de Gand consacrait cette année des focus aux cinémas japonais et scandinave, il proposait également, à travers ses diverses sections, un passionnant regard sur les Etats-Unis. A la veille des élections présidentielles, on a ainsi pu découvrir en avant-première deux films très attendus : Sully de Clint Eastwood et Snowden d'Oliver Stone, qui offrent deux visions radicalement différentes du héros américain.
Soutien de Trump, Eastwood rend un hommage appuyé au pilote qui, le 15 janvier 2009, a réussi à faire amerrir le vol US Airways 1549 sur l'Hudson à New York. Campé par Tom Hanks, Chesley Sullenberg est un héros sans peur et sans reproche, parfait représentant de l'Amérique éternelle. Stone, dessine, lui, le portrait, tout aussi hagiographique, d'Edward Snowden, lanceur d'alerte qui, en juin 2013, a dévoilé à la face du monde comment son pays avait mis sur écoute l'ensemble de la planète. Pour Clinton et Trump, Snowden est un traitre à la patrie. Pour la jeune génération qui a soutenu Bernie Sanders, et pour Stone, il s'agit au contraire d'une figure héroïque moderne, qui entre en parfait écho avec l'inquiétant Zero Days , documentaire d'Alex Gibney dénonçant la cyberguerre menée par l'Amérique et ses alliés.
Dans In Jackson Heights, le grand documentariste Federick Wiseman enregistre lui aussi une Amérique en rébellion, à travers le formidable portrait d'habitants du Queens luttant contre la gentrification de leur quartier menée par des promoteurs de Manhattan. Cette Amérique des exclus, des petites gens dignes face à l'adversité, était aussi au cœur de deux grands films que l'on ne découvrira pourtant sans doute pas sur grand écran en Belgique : "Loving" de Jeff Nichols et "Certain Women" de Kelly Reichardt…
La vitalité du cinéma flamand
Gand a également démontré à nouveau la bonne santé du cinéma flamand, avec l'étonnant "The King of the Belgians" de Brosens et Woodworth, "Le ciel flamand" de Peter Monsaert ou encore "Souvenir". Présenté en préclôture vendredi, le second long de Bavo Defurne offre à Isabelle Hupper un étonnant rôle de vieille chanteuse sur le retour. Mais le film qui a marqué les esprits à Gand, après avoir épaté la Mostra Venise, c'est le très fort "Home" de Fien Troch. Lequel a d'ailleurs été récompensé à travers la musique du Texan Johnny Jewel, dont le jury a estimé qu'elle "traduisait parfaitement le monde intérieur des personnages" , représentants d'une jeunesse flamande déboussolée.
Énumératif
- Compétition
Meilleur film : A Quiet Passion de Terence Davies (UK/Bel).
Prix George Delerue de la meilleure musique : Johnny Jewel pour Home de Fien Troch (Bel.).
Mention spéciale : Glory de Kr. Grozeva et P. Valchanov (Bul./Grèce).
- World Soundtrack Awards
Compositeur de l'année : Carter Burwell.
Compositeur télé de l'année : Jeff Beal ("House of Cards", "Rome"…).
Meilleure chanson originale : "None of Them Are You" de C. Burwell et Charlie Kaufman pour "Anomalisa".
Meilleure B-O pour un film belge : Hans Helewaut pour "Cafard".
Prix Sabam : Sándor Török.
Découverte de l'année : Joe Kraemer pour "Mission : Impossible".
Prix carrière : Ryuichi Sakamoto.
