Natalie et Lily-Rose, sœurs de cinéma
- Publié le 13-02-2017 à 10h41

Natalie Portman et Lily-Rose Depp sont à l'affiche, mercredi, de "Planétarium". A Venise, elles nous ont offert leurs regards croisés sur le métier d'actrice. Dévoilé à la Mostra de Venise en septembre dernier, "Planétarium", de Rebecca Zlotowski, a créé un joli buzz. Il faut dire que la jeune cinéaste française était bien accompagnée pour présenter sur le Lido son troisième film, un thriller fantastique ambitieux mêlant cinéma et spiritisme sur fond de montée du nazisme, qui sort en salle ce mercredi.
L'apparition sur le tapis rouge de Natalie Portman et de Lily-Rose Depp a fait crépiter les flashes ! Dans le salon cosy d'un bel hôtel Liberty, on retrouve deux jeunes femmes souriantes et complices, malgré la différence d'âge : 35 ans pour Portman, 17 ans pour la fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis.
L'amour de la France
Lors du tournage de "Planétarium", Portman n'avait pas encore violemment plié bagages pour rentrer aux Etats-Unis. Si elle était venue habiter en France, c'était pour suivre son chorégraphe de mari Benjamin Millepied, alors directeur de la danse à l'Opéra de Paris, mais pas seulement. "L'idée de travailler dans une nouvelle aire géographique, avec des réalisateurs que j'admire, était très grisante. J'ai le sentiment que les réalisateurs européens ne pensent pas toujours spontanément à des acteurs américains pour leurs films", se désole la star. Amusée des différences entre un plateau français et un plateau hollywoodien : "En France, il y a définitivement du vin à la pause déjeuner !"
Avec "Planétarium", c'est la première fois que Natalie Portman tournait en français. Une expérience assez perturbante. "C'était un grand challenge d'apprendre à mieux parler français. Mais en même temps, cela m'a beaucoup limitée. Le français de Lily-Rose est parfait. Je voyais bien qu'avec Emmanuel (Salinger, NdlR), ils pouvaient improviser. Moi, je n'en étais pas capable…"
Autre première pour Portman, être dirigée… par une femme (sinon elle-même dans son film "Une histoire d'amour et de ténèbres", en 2015). "C'est très étonnant en effet", constate-t-elle. Avant de proposer une lecture politique. "Dans le cinéma américain en particulier, les réalisatrices sont proportionnellement trop peu nombreuses. Alors qu'en France, on voit apparaître une jeune génération de réalisatrices prometteuses. Il existe beaucoup de raisons à cela. Je pense tout d'abord que le tissu social est bien meilleur en France pour les femmes. A commencer par les aides publiques pour faire garder son enfant. Cela n'existe pas aux Etats-Unis et c'est un vrai problème. Mais ce n'est pas la seule raison. Jill Soloway (la créatrice de la série "Transparent", NdlR) explique combien réaliser est l'expression d'un désir : je veux ceci, je veux cela. Or, les Américains sont très mal à l'aise avec le désir féminin. Les femmes ne sont pas censées avoir envie de manger, faire l'amour… Les Françaises sont bien plus à l'aise avec cela. Elles prennent plaisir à manger, faire l'amour, désirer…"
Une jeune actrice en devenir
A 17 ans, Lily-Rose Depp se lance sur les traces de ses parents (dont il n'est pas question de parler avec elle…). "Planétarium" n'est d'ailleurs que son deuxième rôle important après celui d'Isadora Duncan dans "La Danseuse" de Stéphanie Di Giusto. "Bien sûr que j'étais nerveuse. Je me demandais si j'allais bien faire mon boulot", confie la jeune fille, pas timide pour un sou et déjà bien rodée à l'exercice de l'interview… "Cela a été très réconfortant de travailler avec des gens comme Rebecca et Natalie, qui m'ont vraiment mise à l'aise, m'ont fait confiance, m'ont dit que j'étais capable de le faire…"
"Elle a tellement de talent, elle est tellement instinctive et intelligente. Elle est très mature pour son âge. A ses côtés, je me suis rendu compte combien moi j'étais très immature ! Alors que j'ai 20 ans de plus qu'elle. Je pourrais être sa mère…", rigole Portman, qui n'a pas cherché à apprendre quoi que ce soit à sa jeune partenaire. "Ce n'est pas comme si Natalie était venue s'asseoir près de moi pour me dire ceci ou cela", confirme Miss Depp. "J'ai plus appris en la regardant et en regardant tous les formidables acteurs du film, en voyant comment ils abordent leurs personnages."
La jeune fille, qui rêve déjà d'une carrière des deux côtés de l'Atlantique, est en tout cas consciente de toute l'agitation médiatique qu'elle suscite. Mais elle tente de garder la tête sur les épaules. "Ce n'est pas comme si je sortais tous les soirs en club", confie Lily-Rose Depp. "Quand je ne travaille pas, je reste aussi éloignée que possible de ce monde des paillettes. Je suis vraiment quelqu'un de relax ; je reste à la maison avec ma famille et mes amis. Il faut garder du temps pour penser à soi, à sa famille, à ses amis, qui vous aident à garder les pieds sur terre. Je ne veux pas perdre les pédales. Mais j'ai vraiment envie de continuer à travailler."

"Je voulais vraiment travailler avec Natalie Portman"
La Française Rebecca Zlotowski a rencontré Natalie Portman à Los Angeles en 2009, alors qu'elle venait de recevoir l'avance sur recettes pour son premier film, "Belle Epine". Depuis, les deux femmes sont devenues amies et la réalisatrice a attendu le bon projet pour enfin travailler avec la star. "Je voulais vraiment travailler avec Natalie Portman sur ce film, ce n'était pas négociable", nous expliquait la jeune réalisatrice à Venise. "Je me demande comment j'ai attendu 7 ou 8 ans pour tourner avec elle !"
C'est Portman qui a amené Lily-Rose Depp sur le projet, frappée par leur ressemblance physique en découvrant une photo de la jeune fille. Zlotowski a été enchantée par l'idée. Pas seulement parce que Lily-Rose est une jeune actrice prometteuse mais aussi pour toute la curiosité et le mystère qui entourent la fille de Johnny Depp… "Cela poserait un problème si, dans le film, elle jouait une inconnue. Mais si, au contraire, elle interprète une médium connue dans le monde entier, qui a un don, c'est parfait qu'elle soit déjà célèbre !" Pour la réalisatrice, un casting est une question d'alchimie, d'énergie sur un plateau. Elle a par exemple dû batailler avec ses producteurs pour imposer l'excellent Emmanuel Salinger. "L'idée, ce sont ses yeux incroyables", explique Zlotowski. "En face de Natalie Portman, si on a Vincent Cassel, ce n'est pas la même chose qui se passe, même si c'est une plus grande star. Salinger est comme un fantôme. Et j'aime ça aussi. Pour mon premier film, 'Belle Epine', avec Léa Seydoux, à un moment, sa mère ressurgit en fantôme. J'aurais voulu une actrice comme Jodie Foster ou Tilda Swinton car je voulais qu'un fantôme 'économique' traverse le film. Cela n'a pas été possible. Finalement, j'ai engagé la mère de Léa… Pas pour faire du Maurice Pialat, ce n'est pas mon truc, mais parce qu'en plus du simple casting, je devais trouver une idée formelle."