Les femmes au coeur de la Mostra de Venise
- Publié le 07-09-2018 à 09h17
- Mis à jour le 07-09-2018 à 15h36

Jeudi, les femmes étaient à l'honneur à la Mostra de Venise, dans "Capri-Revolution" et "The Nightingale".Troisième et dernier Italien en Compétition à la Mostra de Venise, après Luca Guadagnino (Suspiria) et Roberto Minervi (What Will You Do When the World is on Fire ?) le week-end dernier, Mario Martone a dévoilé, jeudi, Capri-Revolution, inspiré de l'expérience du peintre symboliste allemand Karl Diefenbach qui, de 1900 à sa mort en 1913, installa une communauté artistique et spirituelle sur la petite île de Capri.
Le film se situe, lui, en 1914, à la veille du déclenchement de la guerre et suit l'émancipation d'une jeune bergère (Marianna Fontana), vivant avec sa mère et ses frères. Intriguée par ces jeunes femmes et hommes dansant nus dans les bois et sur les rochers de son île, elle va peu à peu se libérer de la tradition, qui la maintient sous le joug patriarcal.
S'ouvrant par une scène quasi surréelle tant elle paraît anachronique, qui confronte cette jeune fille sage à des corps dénudés, Capri-Revolution est construit sur cette rencontre inattendue entre des modes de pensée diamétralement opposés, entre la rigueur de la société italienne d'alors et ce sentiment de liberté qui émane de cette communauté qui effraie les habitants de Capri… Mais aussi avec les idées progressistes d'un jeune médecin communiste fraîchement débarqué sur l'île.
Martone est un habitué des grandes reconstitutions historiques, que ce soit avec Frères d'Italie en 2010 (sur l'indépendance italienne) ou Il giovane favoloso en 2014 (sur le poète romantique Giacomo Leopardi), tous deux présentés en Compétition à Venise.
Alors que son cinéma est souvent ampoulé, le Napolitain parvient cette fois à insuffler un sentiment de légèreté à son film. Même s'il se montre souvent un peu théorique dans cette réflexion sur le choc entre tradition, religion, politique, science, art et spiritualité, Martone opte ici pour une mise en scène laissant plus de place au mystère, s'offrant même quelques scènes oniriques. En écho aux expériences spirituelles de cette communauté qui annonce le mouvement hippie des années 60.
Femmes, aborigènes, même combat
L'accueil réservé à The Nightingale de Jennifer Kent a été très différent. "Vergogna !", criaient certains journalistes italiens à l'issue de la projection, mécontents de voir sélectionné en Compétition de cette 75e Mostra un film si grossier. Le propos est pourtant intéressant.
Situé en 1825 dans la colonie pénitentiaire britannique de Tasmanie, le film décrit le destin de Clare (Aisling Franciosi), jeune condamnée irlandaise travaillant dans la taverne des officiers, où elle sert la bière et divertit la troupe de sa voix de rossignol. Alors qu'elle a purgé sa peine, le lieutenant Hawkins (Sam Claflin) refuse de rendre sa liberté à la jeune fille, qu'il considère comme sa propriété personnelle (y compris sexuelle).
Un soir de beuverie, l'officier et deux de ses hommes la violent devant son mari, avant d'abattre ce dernier et leur petite fille, laissant Clare pour morte. Au réveil, celle-ci se met en route sur les traces de ses bourreaux, avec l'aide de Billy, un jeune aborigène (Baykali Ganambarr).
Découverte en 2014 avec le film d'horreur The Babadook, l'Australienne se penche dans The Nightingale sur le passé violent de son pays. Kent décrit cette violence de façon très graphique, voire gore par moments. Mais cette outrance visuelle vire ici à l'exploitation, ôtant tout intérêt à cette interminable quête de vengeance à travers le bush de 2 h 15, jusqu'à desservir les intentions, pourtant nobles, de la cinéaste.
Livrant un thriller gothique très féministe, celle-ci entend montrer combien les femmes, comme les Aborigènes, ont souffert de la tyrannie d'hommes blancs plus sauvages que les sauvages qu'ils massacrent au nom de la civilisation… Dans une orgie sanglante vidée de son sens par son approche primaire et manichéenne.
