"Mauvaises herbes" : Deneuve dans un HLM, mère d'un "éducateur" de jeunes de banlieue, on y croit !

- Publié le 21-11-2018 à 09h46

Deneuve dans un HLM. Avec Kheiron ("Nous trois ou rien"), on y croit.Ça craint. Waël est un arnaqueur à la petite semaine qui vient, malgré lui, de se trouver un petit boulot : éducateur de six jeunes de banlieue collés durant cinq jours de vacances pour divers motifs : absence, insolence, port d'armes….
Non seulement la situation est relou, mais le suspense est au niveau zéro tant on connaît déjà la fin bien-pensante. Tous les clichés sont en place pour une histoire bien gnangnante. Sauf que ce n'est pas Marie-Castille Mention-Schaar (Les Héritiers) ou Olivier Ayache-Vidal (Les Grands Esprits) qui disent "moteur" mais Kheiron qui joue aussi l'éducateur.
Dans son premier long métrage, Nous trois ou rien, Kheiron mettait en scène, avec humour, le trajet de son père, d'une prison iranienne jusqu'en banlieue parisienne. A coup de vannes, il dynamitait tout ce que ce parcours pouvait avoir de pesant, d'édifiant.
Au début, le spectateur est un peu dans la peau des collés. Il regarde Kheiron faire son numéro. On ne sait pas très bien quand, mais à un moment, ça prend. Pourtant, les clichés sont toujours présents, les ficelles du scénario toujours apparentes, mais il a une façon d'emballer le récit qui n'appartient qu'à lui.
S'il fallait définir ses caractéristiques, la première saute aux yeux : son métier de stand-up. Il ne regarde pas ces six jeunes comme des enfants à problèmes mais comme des spectateurs qu'il faut captiver, avec lesquels il faut installer une complicité.
La seconde est sa capacité à créer une perspective. Ce fils d'éducateur est animé d'une conviction profonde : les enfants qui créent des problèmes sont d'abord des enfants qui ont des problèmes et ces problèmes viennent de loin. Exemple. Quand on est l'aîné d'une fratrie dont le père a disparu et la mère clouée au lit, il n'y a parfois que la petite délinquance pour s'en sortir.
La troisième est son ignorance des codes. Se choisir Catherine Deneuve comme mère, la mettre dans un HLM et lui faire peler des légumes, ça ne se fait pas. Pourquoi ? Parce qu'on n'y croyait pas quand elle pelait les patates dans La reine blanche. Et ça ne se fait pas, non plus, de la faire enrager en la traitant de vieille. Mais elle sait se défendre. La reine du cinéma français en épatera plus d'un, tant ses talents sont innombrables. Ici, c'est la tchatche, dans un contexte radicalement différent du Sauvage.
La quatrième caractéristique est son habileté à construire un récit parallèle sans même qu'on s'en aperçoive.
Après une odyssée iranienne, voici un conte de banlieue ; Kheiron n'a pas fini de nous étonner.

Réalisation, scénario : Kheiron. Avec Kheiron, Catherine Deneuve, André Dussollier… 1h40.