Fespaco 2019 : "La jeunesse africaine s'est emparée de l'outil numérique"

- Publié le 06-02-2019 à 15h16

À J-18, le délégué général du festival de Ouaga dévoile ses nouveaux élans.La création de la toute nouvelle section documentaire du Fespaco a visiblement créé une belle émulation entre cinéastes africains. On a ainsi appris que le film de Dieudo Hamadi, Kinshasa Makambo , figure parmi les 21 longs métrages sélectionnés à Ouagadougou. Il y sera présenté entre le 23 février et le 2 mars prochain et tentera de remporter la prestigieuse statuette de l'Étalon d'or de Yennenga, symbole du pays des Hommes intègres, le Burkina Faso.
Films en prise avec les éclats du réel
Un documentaire qui atteste à la fois du renouveau du cinéma africain et de la part croissante prise par les jeunes cinéastes. Deux tendances mises en avant par le délégué général du Fespaco, Ardiouma Soma. "Par le passé, les cinéastes africains n'étaient pas intéressés par le genre documentaire qui leur semblait réservé aux télévisions. Mais de plus en plus la jeunesse africaine s'y intéresse et l'utilise pour faire entendre son point de vue, en insérant ses films dans une démarche de création et une mise en scène de la réalité. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de développer cette section documentaire", a détaillé le délégué général lors de son passage à Bruxelles.
"Le Fespaco essaie d'apporter une lumière sur cette nouvelle dynamique des cinémas d'Afrique. D'autant que la jeunesse a une nouvelle façon de filmer et apporte une fraîcheur aux cinémas d'Afrique et de la diaspora. Le Fespaco doit évoluer avec son temps et montrer le cinéma d'aujourd'hui. C'est le prix à payer pour assurer la pérennité du festival : savoir s'adapter à son temps", insiste M. Soma.
"C'est la volonté de montrer en Afrique des films réalisés par des Africains qui a mené à la naissance du Fespaco en 1969. À cette époque, les quelques films africains existants ne circulaient que dans des cercles fermés", rappelle Ardiouma Soma. "Les cinéastes africains y venaient à la rencontre de leur public et se sentaient investis d'une mission d'éducation, de conscientisation. C'était l'époque des cinémas militants, peu après les indépendances. Aujourd'hui, il y a eu une évolution notable, on voit divers types de cinéma."
Le témoignage et la conscientisation font partie intégrante du genre documentaire, comme le démontre Kinshasa Makambo.
Retour aux sources
"Le Fespaco n'a lieu qu'une fois tous les deux ans mais, même chez les cinéastes qui ont été distingués à Toronto ou Berlin, il y a une insatisfaction tant qu'ils n'ont pas eu la possibilité d'être reconnus et acceptés dans la famille du cinéma africain. Et cela passe par une sélection à Ouaga", insiste M. Soma. C'est le cas du film de Dieudo Hamado montré dans de nombreux festivals dont celui de Namur, en octobre dernier. Mais aussi du film de Jawad Rhalib, When Arabs danced. Coproduit en Belgique et présenté à Toronto, il sera également présenté à Ouagadougou.
"La Délégation travaille aussi pour que la dimension économique soit mieux prise en compte et puisse satisfaire les attentes de toutes les catégories de cinéastes en Afrique. En 50 ans, beaucoup de choses ont changé dans l'industrie. Le Fespaco doit tenir compte de cet environnement et se repositionner pour les 50 ans à venir. C'est pourquoi nous avons commencé à mieux prendre en compte la dimension d'industrie, à travers le Mica [Marché international du cinéma et de l'audiovisuel africain, NdlR], espace dédié à la fois aux hommes et femmes d'affaires du cinéma qui se retrouvent pour discuter des questions liées au développement de cette filière. Mais aussi espace de développement de projets que nous renforçons en instaurant des discussions sur des thématiques pratiques et en favorisant les rencontres entre producteurs et porteurs de projets. C'est un axe très important car il peut faire en sorte que le Fespaco continue à attirer les professionnels africains", souligne Ardiouma Soma.
Il y a beaucoup de premiers films parmi les 20 longs métrages de fiction retenus dans la sélection.
"La place des jeunes est importante car la jeunesse est audacieuse, elle innove dans le traitement et la création. À l'arrivée du numérique, on a constaté en Afrique francophone que les cinéastes d'une certaine génération boudaient cette technologie. Mais aujourd'hui tout le monde a pris le train du numérique. Comme le disait Sembène Ousmane [le doyen des cinéastes africains décédé en 2007, NdlR] : nous avons créé le Fespaco ; aujourd'hui c'est lui qui nous porte."
Les jeunes, premier public potentiel
Le Fespaco se dit "ouvert à tous les partenariats. Mais il faut que nous restions dans l'esprit insufflé par les pionniers : faire en sorte que notre cinéma serve d'abord l'Afrique en termes de développement économique et de contenus pour porter l'empreinte de nos identités au sein de la communication mondiale. Tout le monde a compris que le public, la jeunesse se trouvent en Afrique. C'est un gros gâteau à partager. Nous sommes prêts à accueillir Netflix et tous les autres partenaires mais il faut faire en sorte que les intérêts des professionnels africains soient préservés", conclut Ardiouma Soma.
