La pire audience de tous les temps pour les Oscars: les raisons d'un flop annoncé
En un an, la soirée a perdu 58 % de ses téléspectateurs, pour n'en attirer que 9,85 millions au total. Une chute spectaculaire enregistrée aussi cette année par toutes les grandes cérémonies de remise de prix. Et la pandémie n'explique pas tout.

- Publié le 27-04-2021 à 11h41
- Mis à jour le 27-04-2021 à 11h42
La nouvelle était tout autant crainte qu'attendue: la 93e cérémonie des Oscars s'est soldée par un échec monstrueux au niveau des audiences. Elle n'a en effet été suivie que par 9,85 millions de téléspectateurs, contre 23,64 l'an dernier, ce qui constitue une perte de 58 % en un an. Pire, par rapport à voici sept ans à peine, la dégringolade est de 78 %. Énorme. Terrifiant. Et cela ne va pas rester sans effet.
Les organisateurs ont organisé une soirée plus humaine, sans restriction de temps de parole, en permettant aux stars présentes de faire le show dans la salle (ce dont Glenn Close ne s'est pas privée, en dansant le twerk), avec des films et un palmarès bien plus représentatif de la population dans sa diversité, ce qui a été salué unanimement, mais au final, seul les chiffres compteront.
Pour diffuser la soirée, ABC débourse 75 millions de dollars par an, dans un contrat qui court jusqu'en 2028. Une somme jusqu'à présent couverte par les recettes publicitaires (129 millions de dollars pour l'édition 2020), mais qu'il sera difficile de maintenir tant la courbe des audiences plonge dangereusement depuis vingt ans (46,33 millions d'Américains avaient regardé les Oscars en 2000).
Bien sûr, du côté d'ABC, on peut toujours dire que les Oscars ont fait mieux que les finales de la NBA (8,89 millions de fans de basket devant leur petit écran en octobre dernier), mais dans les faits, le problème est bien plus grave pour la télévision dans son ensemble. Par rapport à l'an dernier, ces derniers mois, les Grammy Awards (moins 51 %), les Golden Globes (chute de 62 %), les SSAGAwards (perte de 52 %), les César (une des pires audiences de toute son histoire) ou les Baftas (son plus mauvais score depuis 13 ans) ont tous enregistré des résultats catastrophiques. Qui s'expliquent en partie par le peu de films en compétition (surtout lorsque les succès populaires sont systématiquement boudés), vu la fermeture des salles, mais aussi, et sans doute surtout, par un grand changement dans le comportement du public potentiel.
Toutes les enquêtes le prouvent : la génération Z (née entre 1997 et 2010) et les millenials (de 1980 à 1996) se détournent de la télévision au profit d'internet, des plateformes de streaming et, surtout, des jeux vidéo. Pour eux, ce type de soirée tourne dans le vide. A tel point qu'en pleine cérémonie, ce lundi matin, un critique du New York Times écrivait sur son blog: "Chers enfants, Harrison Ford, Halle Berry et Brad Pitt étaient appelés des stars de cinéma..."
Biberonnés aux écrans individuels et aux séries, ils ne voient plus le moindre intérêt aux Oscars et compagnie. Quant aux plus âgés, qui ont toujours été accompagnés par ces grandes fêtes mettant autant en valeur la garde-robe des stars que leur talent, ils ne se montrent plus aussi enthousiastes qu'avant. Après chaque cérémonie, le même commentaire revient: "Cela ne fait plus rêver". Logique: leurs idoles, celles pour lesquelles elles se déplacent dans les salles, ne sont, au mieux, invitées que pour améliorer le décor dans des soirées qui rendent de plus en plus hommage aux films d'auteur et de moins en moins aux grands succès populaires.
Difficile de demander au public de se passionner pour des compétitions ne regroupant quasiment que des longs métrages vus seulement par quelques poignées de cinéphiles. Nomadland, le grand triomphateur de cette année, n'a rapporté en salle que 5,4 millions de dollars (soit la même somme que son budget), soit le plus faible box-office de tous les temps pour l'Oscar du meilleur film. Bien sûr, la pandémie explique en grande partie ce triste résultat, mais sur les 19 œuvres qui ont rapporté plus de 100 millions de dollars en 2020, seuls deux se retrouvent au palmarès des Oscars: Tenet (effets spéciaux) et Soul (film d'animation et musique).
Même si les organisateurs vont tout mettre sur son dos, la pandémie n'explique pas tout. A l'instar des concours de Miss, qui n'attirent plus grand monde, les cérémonies de remise de prix cinématographiques collent de moins en moins à l'air du temps. Elles font plaisir au milieu du 7e art, flattent l'égo de certains, mais ne constituent plus nécessairement des événements à suivre en direct à la télé. L'heure de se réinventer semble donc bien avoir sonné.
