Le Festival de Deauville a salué les changements de cap et de vie
Les films Down with the King, Red Rocket, Pleasure et John and the Hole ont brillé lors de la 47e édition du rendez-vous du cinéma américain, clos samedi soir.

- Publié le 12-09-2021 à 11h10
- Mis à jour le 12-09-2021 à 23h30

Envoyée spéciale à Deauville
C'est une histoire de remise en question, de lâcher prise et de tentative de reconnexion avec l'humain et la nature qui a emporté le coeur du jury du Festival du cinéma américain de Deauville, présidé par l'actrice, chanteuse, réalisatrice et compositrice Charlotte Gainsbourg.
Ancré au coeur des forêts et des champs du Massachussets, le film Down with the King rend grâce à la région où s'est installé le réalisateur français Diego Ongaro et à sa passion pour le rap. Il interroge aussi le poids du succès et de la célébrité lorsqu'un artiste (Freddie Gibbs) se met à douter de son avenir dans le métier. Cette formidable exploration de la crise existentielle d'un rappeur, tenté par le métier de fermier, offre des échos forcément singuliers aux mois confinés que nous venons de traverser.
Hasard ou air du temps, le Prix du Jury récompense à la fois Red Rocket de Sean Baker et Pleasure de Ninja Thyberg, deux films qui ont en commun d'explorer les coulisses de l'industrie pornographique ; le premier sous l'angle masculin et le second à travers un regard féminin. Red Rocket s'est aussi arrogé le Prix de la critique. Le film sortira en salles en février 2022 en France.
John and the hole se voit attribuer le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation qui salue une "promesse de cinéma réjouissante" comme l'a souligné sa présidente, l'actrice française Clémence Poésy. Le long métrage de Pascual Sisto explore de façon âpre et étonnante la difficulté de devenir adulte.
Enfin, le Prix du public de la ville de Deauville récompense le magnifique drame familial Blue Bayou de et avec Justin Chon qui pointe les incohérences et les injustices de la politique d'immigration américaine.
Quelques pépites oubliées
On s'attendait à retrouver dans ce palmarès, dévoilé samedi soir, deux propositions très originales, tant sur la forme que sur le fond : Potato dreams of America de Wes Hurley et The Novice de Lauren Hadaway. Malheureusement pour leurs créateurs, il n'en est rien. Pourtant l'originalité de leur scénarisation et de leur mise en scène aurait mérité d'être saluée et l'humour du premier a conquis une grande partie du public. On n'oublie pas non plus l'image imprimée à jamais dans nos rétines d'un Nicolas Cage en ermite hirsute et barbu, géant mutique et crasseux lancé à la recherche de sa truie, indispensable alliée de sa chasse aux truffes. On veut parier qu'avec son premier film Pig , Michael Sarnoski parviendra à se frayer un chemin jusqu'aux écrans...
Quant à Kali Reis, l'actrice principale de Catch the fair one, plongée inexorable au coeur du trafic d'êtres humains dont sont victimes nombre de jeunes filles et femmes Amérindiennes, elle aurait assurément pu décrocher un prix d'interprétation si celui-ci avait existé.
La sélection 2021, majoritairement sombre, se fait l'écho des craintes et des soubresauts de l'Amérique d'aujourd'hui à travers de nombreux scénarios très personnels, histoires de métissages et de migrations, récits de rejet et de mise à l'écart pour étrangeté.
L'étoile discrète mais persistante de Michael Shannon
Après Oliver Stone et Johnny Depp présents lors du week-end d'ouverture , l'invité de ce week-end de clôture à Deauville était l'acteur Michael Shannon. Le comédien s'est même risqué à faire un début de discours de remerciement en français pour le Talent Award qui lui a été remis samedi soir. Il a rappelé au public normand qui l'a chaleureusement applaudi, qu'il était originaire de Lexington dans le Kentucky, petite ville jumelée avec la cité normande. Avec septante films au compteur, de nombreuses pièces de théâtre et séries, le géant timide et discret, à la modestie proverbiale, a multiplié les éloges au sujet de son réalisateur fétiche et grand complice, Jeff Nichols, qui a remporté le grand prix à Deauville il y a dix ans avec Take Shelter.
"Ce qui m'attire, ce sont les réalisateurs, l'humain. Aujourd'hui on se pose davantage la question de savoir si le projet en vaut la chandelle lorsqu'on se lance dans un film" a notamment souligné Michael Shannon saluant la "vision si forte" du cinéaste Jeff Nichols dont il est devenu l'inséparable ambassadeur. Son nom, désormais inscrit sur l'une des cabines de plage de Deauville, en conserve la trace indélébile.
