"Viens, je t’emmène": psychose sécuritaire, violence conjugale, xénophobie... un film qui brasse les maux de la France

Alain Guiraudie revient avec une joyeuse satire de la France balkanisée.

Viens, je t'emmène nous dit Alain Guiraudie pour la sixième fois sous forme de long métrage.

Conçu avant la pandémie, Viens, je t'emmène dresse un portrait truculent de la France contemporaine qui ne perd rien de sa saveur au lendemain de la présidentielle.

Le cinéma du réalisateur de L'Inconnu du lac est toujours habité par des antihéros issus des classes populaires. Ils sont mus par des obsessions qui les sortent de l'ordinaire.

Le non-héros du film se nomme Médéric Roman (Jean-Charles Clichet, cousin lunaire de Vincent Macaigne). Un prénom désuet, un patronyme que contredit la vie sans aspérité de cet informaticien de Clermont-Ferrand. Durant son footing quotidien, il tombe fou amoureux d’une prostituée.

La fille de joie (Noémie Lvovsky, forcément…) n’est a priori pas intéressée par l’amour courtois et non tarifé. Pourtant Isadora se laisse tenter par Médéric. Leurs premiers ébats et éclats sont interrompus par l’annonce d’un attentat dans la ville, ainsi que par l’arrivée du mari jaloux d’Isadora (Renaud Rutten).

Médéric ne demande pas son reste et rentre chez lui dans une ville en état de choc et de siège. Sur le pas de sa porte, il trouve un jeune homme sans abri qui n’a ni le bon faciès ni la bonne religion en pleine psychose antiterroriste.

Cinéma parfumé aux phéromones

Le cinéma de Guiraudie est parfumé aux phéromones. Mais pas à la testostérone - sauf pour en rire un peu. Isadora adore rejouer L'origine du monde de Courbet tandis que son brutal de mari semble avoir un petit problème. Médéric lui assure plutôt bien avec la professionnelle au point de nier les avances d'une pourtant très séduisante et plus jeune entrepreneuse dynamique (Dora Tillier, petit rôle, grande présence). Sélim cache bien son jeu.

La réceptionniste (Miveck Packa) de l’hôtel de passe (l’Hôtel de France…) est transie. Et le truculent voisin M. Coq (Michel Masiero) est moins brut de décoffrage qu’il n’y paraît.

À travers eux, Alain Guiraudie brasse les maux de la France (et de l’Europe) des années 2020 : psychose sécuritaire, violence conjugale, xénophobie, trafic de drogue, gangs des cités, solitude sentimentale… Le tout s’invite sur le pas de la porte de l’immeuble de Médéric pour un vaudeville au temps du terrorisme et des nouveaux populismes. Chacun tient son rôle, très bien interprété par un casting impeccable et joyeux à la fois.

Sous les aphorismes de café du commerce proférés par les uns et les autres, Guiraudie raille gentiment les préjugés perpétués par l'épistémologie patriarcale occidentale. Le rire qu'il suscite n'est ni pincé ni entendu, plutôt salvateur en des temps où, comme le résume Médéric, "tout le monde s'énerve, plus personne se parle".

Viens, je t'emmène Comédie De Alain Guiraudie Scénario Alain Guiraudie Avec Jean-Charles Clichet, Noémie Lvovsky, Iliès Kadri, Renaud Rutten, Doria Tillier, Michel Masiero,… Durée 1h40.

"Viens, je t’emmène": psychose sécuritaire, violence conjugale, xénophobie... un film qui brasse les maux de la France
©D.R.