"La Mer au loin" : chronique douce-amère d'un exilé ordinaire
Pour son deuxième film, Saïd Hamich Benlarbi compose une fresque ample et intime sur un Marocain arrivé en France et interroge la force des liens et les fêlures de "l'étranger".

- Publié le 21-05-2025 à 17h54

Avec son groupe de potes venus d'au-delà de la Méditerranée, Nour (Ayoub Gretaa) vit à Marseille de petites magouilles et de vente à la sauvette. Une vie clandestine mais festive, entre fuites face à la police et débrouilles. Au fil du temps, pourtant, le ciel s'assombrit et le rêve d'Eldorado se transforme en quotidien de clochard. Pour le jeune homme, c'est la douche froide.
Sa rencontre avec un couple résolument libre et anticonformiste va faire basculer son destin : Serge, policier fêtard (Grégoire Colin) et Noémie (Anna Mouglalis), sa compagne sans reproche et sans peur, l'entraînent dans leur appétit de vivre. Sur une décennie, le film suit les multiples étapes du parcours du Nour en quête de papiers et de citoyenneté, tout en étant toujours viscéralement inscrit en dehors de la norme.
La Mer au loin, le nouveau film de Saïd Hamich Benlarbi, suit l'itinéraire d'un jeune homme solaire et débrouillard oscillant entre joie et mélancolie, entre solidarité, désillusions et résignation. Une trajectoire infléchie par le poids des mois et des années qui défilent, contrairement à L'Histoire de Souleymane, autre très beau témoignage de migration, qui se déploie sur une période beaucoup plus courte. Le film permet ainsi d'aborder, au-delà des questions d'emploi, de logement et de clandestinité, les liens avec la famille restée au pays, le racisme larvé, les amis perdus, les rêves envolés.

Solidarité, amour, fraternité
Le film parle bien de la difficulté, pour Nour, de gérer les relations à distance et les attentes de sa famille restée au Maroc. De cet entre-deux rendu d'autant plus instable ou bancal que le racisme et les jugements d'autrui tombent comme des couperets. De la difficulté de s'accrocher à ses rêves et de trouver sa place dans une société où le conformisme prédomine, des deux côtés de la Méditerranée. Malgré son enthousiasme et sa détermination, Nour s'enfonce, par moments, dans le brouillard.
Le réalisateur de Retour à Bollène compose une chronique pleine d'énergie, de tendresse et de nobles sentiments (amour, solidarité, douceur) sur une réalité pourtant âpre et douloureuse, où seuls les liens de fraternité semblent pouvoir sauver les âmes du naufrage.
Une brise d'Ettore Scola (Nous nous sommes tant aimés) souffle sur ce film qui a su trouver le cœur du public au Maroc, en Espagne et en France, notamment lors de son passage à la Semaine de la Critique de Cannes l'an dernier. Le comédien principal, Ayoub Gretaa, parfaitement en équilibre entre douceur et mélancolie, a remporté le prix du Meilleur acteur au festival de Mons.
Sans rien marteler, en douceur et avec sensibilité, La Mer au loin déploie sa chronique intime, son ode à l'amitié, à la tolérance et la liberté sur un air de raï.
La Mer au loin Parcours d'exilés Réalisation et Scénario Saïd Hamich Photographie Tom Harari Avec Ayoub Gretaa, Anna Mouglalis, Grégoire Colin, Omar Boulakirba... Durée 1h57