Seuls, au bord du gouffre
"Le paradis des animaux" de David James Poissant propose une collection de textes à haut potentiel captivant. Entre mélancolie et vivacité, une plongée au plus près des désordres humains à l'heure des choix.
- Publié le 08-05-2015 à 09h38
- Mis à jour le 11-05-2015 à 11h02

"Le paradis des animaux" de David James Poissant propose une collection de textes à haut potentiel captivant. Entre mélancolie et vivacité, une plongée au plus près des désordres humains à l'heure des choix.Par sa concision, la nouvelle permet de raconter des condensés de vie à haute valeur dramatique. La brièveté permet le plus souvent de plonger le lecteur directement au cœur du "problème", dans le nœud des existences. C'est particulièrement le cas avec "Le paradis des animaux" ("The Heaven of Animals", 2014) de David James Poissant - dont c'est le premier livre publié. Le jeune auteur, originaire du sud des Etats-Unis, ne craint pas de s'immiscer là où palpitent la souffrance, le deuil, la différence qui sépare, les désordres du couple, les liens familiaux distendus, les désespoirs tenaces.
De ces douze textes, précédemment parus dans diverses publications américaines ("The Atlantic", "The Chicago Tribune" et "The New York Times" notamment), ressort une écrasante solitude au sein même de la famille ou du couple. Celle d'un père qui n'a plus vu son fils depuis qu'il a été témoin de ses désirs homosexuels. Celle d'une jeune femme amputée d'un bras et dont les relations avec les autres ont du mal à échapper à la curiosité ou la compassion. Celle d'un homme qui erre dans un quartier dangereux en espérant faire la mauvaise rencontre qui fera de lui ce qu'il n'a pas le courage d'accomplir lui-même. Celle d'un jeune adulte qui souffre de crises de panique et redoute la fin du monde, alors qu'une simple piqûre de guêpe pourrait l'emporter.
Ailleurs, c'est l'amour qui est malmené, dévoyé. Chacun dans le couple réagit différemment à la mort subite de leur nouveau-né, à l'annonce que leur fils est surdoué, à une grossesse surprise. Et parce que leur présence et la façon dont les personnages les traitent en dit long sur la nature humaine, on croise aussi beaucoup d'animaux dans ces textes : alligator, chiens, loup.
D'une écriture à la fois vive et mélancolique, David James Poissant s'approche au plus près du lieu où palpitent les âmes perdues. Seuls dans la nuit le plus souvent, dépassés par ce que la vie leur impose, au bord du gouffre parfois, ces hommes et ces femmes complexes et incroyablement réels se débattent à l'heure des choix. Voici un auteur à suivre, qui ne craint pas de mettre en mots l'indicible des émotions, des passions, des vérités lourdes à porter.
Le paradis des animaux David James Poissant traduit de l'anglais (États-Unis) par Michel Lederer Albin Michel 338 pp., env. 25 €