Ces ados veulent montrer aux "vieux" qu'ils sont prêts à tuer... y compris leurs amis
Le journaliste et romancier napolitain Roberto Saviano nous offre la suite de son roman "Piranhas" dans lequel il racontait l'histoire effrayante d'une mafia de jeunes de 10 à 16 ans qui n'ont comme règles que d'être vite très riches et de choisir la violence pure. Il donne avec "Baiser féroce" une suite noire et sanglante à sa mafia d'enfants.

- Publié le 03-04-2019 à 12h45
- Mis à jour le 03-04-2019 à 12h48
Roberto Saviano donne avec "Baiser féroce" une suite noire et sanglante à ses "Piranhas", sa mafia d'enfants. Le journaliste et romancier napolitain Roberto Saviano nous offre la suite de son roman Piranhas dans lequel il racontait l'histoire effrayante d'une mafia de jeunes de 10 à 16 ans qui n'ont comme règles que d'être vite très riches et de choisir la violence pure. On retrouve dans Baiser féroce, Nicolas, le jeune voyou génial, surnommé Maharaja, entouré d'une bande de gamins, une "paranza", qui portent tous des surnoms : Oiseau mou, Dentino, Drago, Tucano, Lollipop, Biscottino, etc. Ils vont encore à l'école, logent chez leurs parents, souvent aimants, mais leur royaume est la rue qu'ils sillonnent en scooter, smartphones à l'oreille pour échanger et s'abreuver d'images de violence et de leurs désirs.
Parents complices
Dans Baiser féroce, on retrouve ces piranhas qui ont pu conquérir une partie de la ville face aux mafias vieillissantes. Ils tiennent des quartiers pour y vendre la drogue et extorquer les commerçants. Ces ados aiment toujours frimer en buvant du Veuve Clicquot à la bouteille, avoir leur coin VIP dans un club privé et livrer des camionnettes de roses à leurs petites amies.
Mais avec leur nouveau pouvoir, viennent aussi les dangers. Les "vieux" ne se laissent pas faire, il faut leur montrer qu'on est prêt à tuer, y compris ses amis si on les soupçonne d'être des traîtres. Il faut respecter les règles de l'honneur (!), venger ses morts et baiser les mains des "parrains" qu'on appelle Archange ou Copacabana et qui tirent les ficelles, cloîtrés chez eux, protégés par des gardes du corps, ou enfermés en prison tout en continuant à donner des ordres. Même fuir à Milan ne protège pas des tueurs à gages.
Rouages des mafias
Comme dans Piranhas mais en plus noir et sanglant encore, les scènes fortes s'enchaînent dans ce roman déchaîné et passionnant qui se lit d'une traite. Saviano élargit avec bonheur son propos en expliquant les rouages de ces mafias, remontant jusqu'en Albanie où se trouvent les puissants trafiquants, ou détaillant les jeux dangereux des rues de Naples.
Saviano montre qu'à Naples (il explique que son roman est né d'une enquête), des banques acceptent de blanchir les millions apportés par ces gamins ambitieux. Leurs parents bien souvent ferment aussi les yeux sur leurs crimes en échange de l'argent que leurs enfants leur versent en abondance pour payer leurs appartements ou s'acheter un peu de luxe.
Les nouvelles règles de Nicolas ressemblent à du Machiavel, son mentor : "On respectera la loi si on peut se le permettre, et on ne la respecte pas si on peut pas. On respecte pas la loi jusqu'au jour où on peut l'acheter". Et : "les vieux sont faits pour mourir, les jeunes pour commander". Mais les vieux résistent.
Ce portrait hallucinant d'une jeune mafia de la drogue nous semble moins exotique depuis qu'on a appris récemment qu'à Anvers aussi, bien plus paisible pourtant que Naples, des explosions de violence ont surgi autour du commerce de la cocaïne.

Baiser féroce roman De Roberto Saviano, traduit de l'italien par Vincent Raynaud, Gallimard, 400 pp. Prix env.22 €, en librairie le 4 avril