Que vaut le dernier Blake et Mortimer de Schuiten?
L'hommage très personnel du père des Cités obscures à l'œuvre d'Edgard P. Jacobs.
- Publié le 29-05-2019 à 15h57
- Mis à jour le 29-05-2019 à 15h58

L'hommage très personnel du père des Cités obscures à l'œuvre d'Edgard P. Jacobs.C'était un peu le monstre du Loch Ness de la bande dessinée. Plus de quatre ans que cet album était en chantier. Le dernier Blake et Mortimer arrive enfin en librairie et est estampillé François Schuiten au dessin, Jaco Van Dormael et Thomas Gunzig au scénario et Laurent Durieux aux couleurs.
Une solide équipe pour un album qui met surtout en avant une des marottes de François Schuiten : le palais de justice de Bruxelles conçu par l'architecte Joseph Poelaert. Un lieu que le dessinateur connaît sur le bout des doigts pour l'avoir dessiné sous tous les angles dans diverses aventures. Un lieu qui abriterait un espace secret qui, dévoilé, pourrait laisser filtrer un rayon menaçant le monde. Comme seule réponse, les scientifiques décident d'évacuer Bruxelles et de placer une cage de Faraday autour de l'édifice (qui rappelle le mur d'échafaudages qui enserre le bâtiment depuis des lustres).
Une solution qui n'aura qu'un temps. Quand la menace réapparaît, quelques longues années plus tard, alors que le monde entier ne songe qu'à faire exploser le bâtiment, Francis Blake, galonné qui devrait pouvoir prétendre à la retraite depuis quelque temps, songe à son vieux compagnon Mortimer qu'il a un peu perdu de vue. Le temps a fait son œuvre. Le scientifique, vieillissant et ruiné par des cauchemars, se lance dans l'aventure et revient clandestinement dans un Bruxelles pas aussi désert que beaucoup le pensent. "Un autre monde est possible", lance un des personnages bien dans l'esprit de cette communauté qui a appris à vivre autrement dans cette ville…
Dans cet opus, qui ne devrait pas connaître de suite, Schuiten, contrairement à tous les auteurs qui l'ont précédé dans l'univers jacobsien, ne se plie pas aux codes du maître de la ligne claire.
Schuiten reste d'abord fidèle à son univers alors que ses "collègues" s'étaient mis au service de l'œuvre de Jacobs. Une approche qui offre évidemment un autre regard sur le monde de Blake et Mortimer mais qui devrait - au moins - surprendre les inconditionnels de la série malgré les références au "Mystère de la grande pyramide" et à "La Chambre d'Horus".
Fallait-il donc reprendre les personnages de Jacobs et estampiller cet album "Une aventure de Blake et Mortimer" ? La réponse n'est pas évidente tant graphiquement que sur le fond. Il s'agit d'abord d'une aventure sur Bruxelles et sur l'univers de François Schuiten avec des personnages qui ont pris les traits des héros de Jacobs et, surtout, avec une écriture scénaristique qui n'a rien de jacobsienne. Un album hybride tiré à 250 000 exemplaires qui va inévitablement susciter le débat.
>>> "Le Dernier Pharaon", de Schuiten - Van Dormael - Gunzig - Durieux, Éd. Dargaud, 90 pp, env. 17,95 €.