La presse de caniveau

Voilà une locution, la presse de caniveau, qui se perd peu à peu. On parle plus facilement aujourd'hui de presse à scandale, mais aussi de presse people (gens). Ces quotidiens et ces magazines jouent sur le voyeurisme et le côté émotionnel des événements (et une "certaine" télévision leur emboîte le pas) et évoque surtout les personnalités. Comme le format d'impression de ces "celebrity magazines" est le tabloïd (59,7cm X 37,5cm) on dit plus simplement un tabloïd. Le lancement plus généralisé de cette sorte de presse date des années 80. Pour en revenir à la "presse de caniveau", son équivalent anglo-saxon est "gutter press", soit presse de trottoir. Les plus jeunes ne connaissent sans doute plus ce terme de caniveau (parfois poétique comme pour le film "la lune dans le caniveau") qui vient du bas latin "canabellum", variante de "canabula", canal de drainage. Le caniveau est depuis le XIXe siècle la bordure pavée d'une rue, le long d'un trottoir. C'est une rigole.

PAR JACQUES MERCIER

Voilà une locution, la presse de caniveau, qui se perd peu à peu. On parle plus facilement aujourd'hui de presse à scandale, mais aussi de presse people (gens). Ces quotidiens et ces magazines jouent sur le voyeurisme et le côté émotionnel des événements (et une "certaine" télévision leur emboîte le pas) et évoque surtout les personnalités. Comme le format d'impression de ces "celebrity magazines" est le tabloïd (59,7cm X 37,5cm) on dit plus simplement un tabloïd. Le lancement plus généralisé de cette sorte de presse date des années 80. Pour en revenir à la "presse de caniveau", son équivalent anglo-saxon est "gutter press", soit presse de trottoir. Les plus jeunes ne connaissent sans doute plus ce terme de caniveau (parfois poétique comme pour le film "la lune dans le caniveau") qui vient du bas latin "canabellum", variante de "canabula", canal de drainage. Le caniveau est depuis le XIXe siècle la bordure pavée d'une rue, le long d'un trottoir. C'est une rigole. "Judith, cette fois, ne revient plus. Elle regarde des enfants qui jouent pieds nus dans les caniveaux de la place. Une masse d'eau argileuse circule entre leurs pieds." (Marguerite Duras "Dix heures et demie du soir en été") Au Québec on traduit la "gutter press" par "presse de bas étage". "De bas étage" équivaut en français à "de la catégorie la plus basse". L'expression perpétue le sens figuré de "estage", mais est comprise comme une métaphore analogue à "degré".

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