Vénus et Apollon, une lente maturation

Avec cette saison 2, Arte a essuyé les plâtres de la série en 45 minutes. Malgré ses difficultés de fabrication, cette nouvelle mouture supervisée par Tonie Marshall surprend. Par son audace.Episodes 1 et 2, à 20 h 45.

CAROLINE GOURDIN
Vénus et Apollon, une lente maturation
©D.R.

Correspondante à PARIS Un an pour accoucher de la saison 2 de Vénus et Apollon H H H, nouvelle mouture en 8 x 45 minutes, plus sombre que la première (voir "Momento" du 7/2). "Le passage du format de 26 minutes à celui de 45 minutes a été très difficile", raconte Tonie Marshall, productrice artistique de la série et réalisatrice du film "Vénus beauté (institut)", dont est dérivée "Vénus et Apollon".

Pratique en expansions dans l'Hexagone, la directrice de collection Raphaëlle Valbrune a monté un atelier d'écriture. "Les huit auteurs se sont chacun emparé d'un personnage et ont développé leurs propres arches narratives", explique Tonie Marshall, "show runner" à l'américaine, qui a surveillé l'écriture, la réalisation, le montage Mais l'équipe était loin de disposer de l'expérience des Américains.

Le tournage, étalé de septembre 2007 à avril 2008, a été lancé alors que seule l'écriture de trois épisodes était bouclée. Résultat : interruption de trois semaines et recadrages. "Il y avait des problèmes de cohérence. Nous avons dû tout revoir. Et décaler le plan de travail, ce qui a fait exploser les coûts", explique Olivier Bomsel, de Tabo Tabo Films. Le budget par épisode est passé de 750 000 à 1 million d'euros. "L'économie d'une série sur une seule chaîne, c'est extrêmement lourd pour un marché comme la France, loin des 300 millions de personnes du marché américain !", ajoute le coproducteur. François Sauvagnargues, directeur de la fiction à Arte, parle de "risque industriel. Nous avons essuyé les plâtres."

Dépasser les archétypes

Qu'à cela ne tienne. Cette série plus noire que rose masque fort bien, à l'écran, ses retards de confection. Tournée dans une friche industrielle du XIXe siècle transformée en cour du Marais, elle séduit par son audace. "Nous avions usé le principe des histoires traitées en une journée autour des clients de l'institut. Ce format nous a permis de creuser la vie et le caractère des héroïnes, en dépassant les archétypes, détaille Tonie Marshall. Nous avons installé une nouvelle problématique, l'arrivée d'Angie, personnage douloureux et ambigu qui amène du conflit, de l'émotion. Je suis frappée à quel point Elsa Zylberstein l'a investi. Cette actrice extrême dégage un truc de souffrance, au-delà du jeu."

L'intéressée reconnaît que "le rôle, obsédant, était lourd à porter. Il fallait sortir les tripes ! Elle dit ne rien ressentir, et elle éprouve tout le temps ! J'ai pensé à Bette Davis pour incarner cette femme forte et attachante, odieuse et délicate, cette enfant perdue, embarrassée de ce qu'elle est, qui doit passer par la vengeance pour respirer."

Son personnage, Angie, revient des Etats-Unis pour se venger d'Ingrid (Brigitte Rouän), la patronne de l'institut, en face duquel elle ouvre une galerie d'art "Nous avons travaillé sur plusieurs genres, la comédie, le mélo, le suspense, en injectant des éléments hors normes, qui permettent de sortir des échanges quotidiens de l'institut. Nous voulions aller plus loin et montrer ce qui peut arriver quand on imagine Mais ce n'est jamais glauque. On n'a pas une impression poisseuse quand on en sort", résume la productrice artistique Tonie Marshall.

La saison 1 de "Vénus" a été vendue à une quinzaine de pays et la saison 2 laisse la porte ouverte à un 3e opus.

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