Quand les chaînes de télé se prennent au jeu
On sait que "Still Standing", le nouveau jeu de RTL-TVI, fait ses débuts ce samedi à 18h10. Mais saviez-vous que lancer un jeu est un pari risqué. Pourtant, le public les adore et certains candidats sont accros. Etat des lieux par Ambroise Carton.
- Publié le 12-03-2016 à 10h36
- Mis à jour le 12-03-2016 à 10h41

C'est assez rare pour être souligné : un nouveau concept de jeu télévisé débarque ce soir sur RTL-TVI. Avec "Still Standing", la chaîne privée se risque à adapter un format étranger dans un domaine où les innovations sont rares.
Car si les jeux de culture générale sont nombreux, ceux qui rencontrent un succès durable se comptent sur les doigts d'une main. "Des chiffres et des lettres" ? Un peu plus de cinquante ans de consonnes et de voyelles à l'antenne. "Questions pour un champion" ? Près de trente ans d'existence, un débat passionné autour du départ de Julien Lepers et des milliers d'encyclopédies Larousse écoulées. Nagui dans "Tout le monde veut prendre sa place" ? Dix ans que le présentateur occupe le midi des Français sur France 2 et l'avant-soirée des Belges sur La Deux.
France 3, la chaîne du jeu
Autour de ces émissions emblématiques, d'autres formats apparaissent puis disparaissent au gré des modes. France 3 détient sans doute la palme du nombre de jeux diffusés les uns à la suite des autres. En semaine, de 16h15 à 19h, la chaîne publique française propose quatre jeux centrés sur les mots et la culture générale. Sur RTL-TVI aussi, on capitalise sur ce type d'émissions. "Septante et un", présenté par Jean-Michel Zecca depuis 2003, a franchi le cap du 3 000e numéro en février 2015.
Et à la RTBF ? "Le dernier jeu qu'on a produit, c'était '60 secondes'avec Patrick Ridremont", rappelle Jean-Michel Germys, le directeur des divertissements à la RTBF. C'était il y a plus de dix ans. Le service public avait laissé tomber le concept, faute d'audience. Même flop avec "Dotto", un jeu américain des années cinquante ressuscité sans grand succès en 2013 sur La Une. A présent, à part une version "nettoyée" de "Tout le monde veut prendre sa place", c'est le désert.
La RTBF en embuscade
Pourtant, Jean-Michel Germys ne désespère pas de lancer un jour un nouveau jeu. "L'idée n'est pas abandonnée. C'est en réflexion depuis des années. Et ce n'est pas un vœu pieux. On a envie qu'il y ait un jeu sur la RTBF. Il pourrait s'agir d'un format acheté à l'étranger ou d'une création originale."
Problème : produire un jeu demande des moyens financiers importants, sans garantie de succès d'audience. Des contraintes qui encouragent les chaînes à acheter à l'étranger, surtout aux Etats-Unis, là où les formats ont déjà fait leurs preuves. Depuis quelques années, un autre acteur émerge sur le marché : les boîtes de production israéliennes ont la réputation d'être novatrices… et économes.
De tous les concepts actuellement présents sur le marché français, "Slam" présenté par Cyril Féraud décroche la palme du programme le moins cher. Entre le décor, le personnel et les divers cadeaux, on parle de 20 000 euros par émission.
"La panacée, c'est de trouver un jeu moderne qui fédère plusieurs générations", détaille Jean-Michel Germys. "Un bon moyen de réaliser des économies d'échelle consiste ensuite à enregistrer en rafale. Cela demande au minimum un mois de tournage en studio, au rythme de 5 à 6 émissions par jour."
Et parfois, c'est le drame : un jeu ne trouve pas son public, ce qui pousse la chaîne à l'annuler en cours de route. Dans ce cas, la règle est claire : "Les candidats dont l'émission n'a pas été diffusée ne touchent pas leurs gains", raconte Dominique Bernard, un fan de jeux auteur d'un "Guide du candidat télé" rempli de conseils pratiques pour séduire les directeurs de casting.
Le spectre de l'accident industriel
Un cas particulier vient aussitôt à l'esprit de Dominique Bernard, un spécialiste du genre qui a participé à une cinquantaine de jeux (sa passion l'a même poussé à créer une fausse famille pour participer à "Une famille en or" sur TF1). "Dans la dernière édition du 'Plus grand quiz de France', produit et présenté par Christophe Dechavanne, quelqu'un a gagné 100 000 euros. Mais certains candidats n'ont pas arrêté de râler pendant le tournage parce que leur boîtier pour répondre aux questions ne marchait pas. La société de production a alors décidé de ne pas diffuser l'émission parce qu'elle était impossible à monter. Le gagnant ne verra donc jamais la couleur de son argent. C'est horrible parce que vous vous réjouissez de remporter une somme pareille", soupire-t-il. Et ça, ce n'est vraiment pas du jeu.

Sur le tournage de "Still Standing" à La Louvière, un studio improvisé aux airs de Tour de Babel
"Il y a de tout ici. Des Belges bien sûr, mais aussi des Français et des Israéliens. Le camion régie, lui, arrive tout droit de Grande-Bretagne." En cette fin février, le plateau de "Still Standing", le nouveau jeu de culture générale de RTL-TVI, a des airs de tour de Babel. On y parle à la fois français, anglais et hébreux. Et tout ça à… La Louvière. C'est là, dans le hall "Louvexpo", que la chaîne a choisi d'installer le décor de cette émission née en Israël en 2011.
"On occupe 4 000 m2. Il y a les loges, la salle d'attente pour les candidats, l'espace restauration et puis bien sûr le studio. Il a fallu 60 techniciens et une semaine de travail pour l'installer. Tous les éléments sont arrivés par bateau d'Israël", poursuit notre guide. La suite des chiffres donne le tournis. Jusqu'à 130 personnes mobilisées pour mettre en boîte 45 émissions en une petite dizaine de jours seulement. La fin théorique de chaque journée est fixée à 22h30. Mais les aléas du (faux) direct rallongent sensiblement le temps de travail.
S'il y a des Français dans l'histoire, c'est parce que RTL-TVI s'est associé à la française D8, filiale du groupe Canal + pour produire le jeu déjà adapté aux Etats-Unis, en Russie, en Italie et en Espagne. Les horaires sont stricts : une demi-journée pour les Belges avec Jean-Michel Zecca à la présentation, l'autre moitié pour les Français emmenés par Julien Courbet.
Jusqu'à 25 000 euros à gagner
Et le concept de "Still Standing" dans tout ça ? Il est simple : un candidat principal affronte dix challengers. Il doit les éliminer un par un à coup de duels de culture générale pour gagner jusqu'à 25 000 euros. Chacun a, sous les pieds, une trappe qui s'ouvre subitement en cas de mauvaise réponse. Effroi garanti au moment où le perdant disparaît dans les oubliettes du plateau.
La scène est surélevée de 2 mètres et demi. En dessous, un confortable amas de cubes en mousse attend les candidats éliminés pour amortir leur chute. Chaque cascade est filmée par une caméra haute définition qui restitue aussitôt le tout au ralenti.
Tous ceux qui ont testé les trappes vous le diront : "C'est très impressionnant, surtout quand on ne s'y attend pas." Et dangereux ? "Pas du tout", nous assure-t-on. On ne peut quand même pas s'empêcher de jeter un œil sur la civière et la minerve entreposées là, à quelques mètres d'une ambulance prête à démarrer "au cas où."
Contraintes techniques
Quand les dix challengers débarquent sur le plateau, la tension monte. Un dernier coup de chiffon sur le sol et voilà Jean-Michel Zecca. L'animateur est ovationné et applaudi par le public qui suit à la lettre les consignes du chauffeur de salle.
En coulisse, l'équipe technique ne semble pas encore bien rôdée. Leur tâche est d'autant plus complexe que nous ne sommes pas dans un studio de télé classique. Il faut donc sans cesse changer, à la main, la position des pieds de caméras. Entre chaque prise, Zecca marmonne dans son micro, en lien direct avec la régie installée en haut d'un impressionnant échafaudage.
Bien vite, le public se lasse des coupures et tue le temps en soufflant les bonnes réponses aux joueurs. Ces derniers n'ont semble-t-il pas tous les oreilles bien tendues. Ils seront nombreux à passer à la trappe ce matin-là…