"Unité 42": l'intrigue redoutable de la nouvelle série 100% belge avec Patrick Ridremont en 7 clés (ENTRETIEN)
- Publié le 18-11-2017 à 11h29
- Mis à jour le 18-11-2017 à 13h45

On sait que la nouvelle série 100 % belge s'intéresse aux malfrats du Net. Sa saison 1 a été achetée par France 2. Mais saviez-vous qu' "Unité 42" vient de recevoir une mention spéciale au Festival du Film de Genève et que sa saison 2 est déjà en cours d'écriture ? Cyber voyeurisme, cyber harcèlement, cyber recrutement : on le sait, les dangers ne manquent pas une fois que l'on est connecté. Mais que sait-on des hommes qui traquent les criminels de l'ombre ? Comment mènent-ils leurs enquêtes et quelles sont leurs méthodes ? C'est ce mystère que dissipe, en grande partie, Unité 42 , la nouvelle série belge concoctée sur les fourneaux de la RTBF.
Un quatuor de flics aux personnalités très riches, des intrigues solides, une caméra fluide et inspirée, un point de vue unique sur un univers singulier : sous les dehors classiques de l'enquête, la recette s'avère savoureuse.
Chaque épisode retrace la traque d'un criminel sévissant dans le monde bien réel, grâce à des outils technologiques perfectionnés. Et cette confrontation entre monde réel et virtuel fait le sel de cette nouvelle série policière bigrement didactique. Humainement riche, "Unité 42" réussit à imposer ses codes, son atmosphère et ses personnages dans l'antre de la cybercriminalité. Comment ? C'est ce que nous vous proposons de découvrir ci-dessous.
1 - L'univers
L'idée de la série est venue d'Annie Carels, dont le mari est futurologue chez Microsoft. "Il travaille sur les technologies du futur. Annie et son mari sont des passionnés." Restait à créer au départ de cette passion, des trames narratives intéressantes, qui captivent le grand public. Le credo de ses deux scénaristes associées, Charlotte Joulia et Julie Bertrand : "cela ne sert à rien que ce soit juste si personne ne comprend rien à l'intrigue. On se met en permanence à la place du téléspectateur. C'est comme dans Urgences, on ne comprend pas tout au vocabulaire ou aux gestes posés mais on voit qu'ils sauvent des vies. On s'intéresse à l'onde de choc que ces nouvelles technologies provoquent dans nos vies, même si, au départ, on est emporté par une enquête pour meurtre confiée à l'Unité 42."
2 - Les enquêtes
La série repose sur des policiers de terrain et d'autres plus versés dans la cybercriminalité. "Nous avons rencontré des spécialistes et des flics de la Computer Crime Unit de Bruxelles. On venait avec des ébauches d'histoires, on développait des cas, et eux nous donnaient des pistes et des recommandations. Et puis, ils relisaient nos scénarios pour vérifier que tout était vraisemblable ", explique Charlotte Joulia. Au départ, le personnage principal était Billie Vebber puis, peu à peu, la série a évolué vers un duo. "En revanche, les pôles ont été inversés : la spécialiste de l'informatique, c'est elle. Dans Castle ou le Mentalist , celui qui apporte l'originalité est toujours un homme. On a voulu changer ce schéma et montrer des modèles féminins différents : une flic qui ne soit pas en brushing et perchée sur des talons pour courir derrière les criminels sur des pavés ", explique en souriant la scénariste Julie Bertrand.
3 - La touche visuelle
Contrairement à "La Trêve" et "Ennemi Public", deux séries portées par des scénaristes qui sont en même temps réalisateurs, "Unité 42" repose sur le travail conjoint de trois scénaristes (francophones) et de trois réalisateurs (flamands). Un mariage qu'il a fallu rendre le plus harmonieux possible. "On a vraiment accroché tout de suite avec Indra Siera, c'était une chance parce que les réalisateurs sont arrivés assez tard sur le projet, mais Indra a tout de suite compris ce qu'on voulait et on a pu travailler dans la même direction. On s'est retrouvé sur une vision commune" , s'enthousiasme Charlotte Joulia.
"Cette touche visuelle, c'est vraiment Indra Siera qui l'a amenée. Il a tout de suite compris que Billie, notre personnage principal, n'était pas gothique mais plutôt lumineuse et drôle. Constance Gay est exactement et même mieux que ce qu'on avait imaginé. Il y avait presque de la télépathie entre nous, Indra était tout le temps en dialogue sur les décors, les costumes. Il a amené sa patte tout en étant dans le respect de ce qu'on avait imaginé. On avait proposé Patrick Ridremont pour le rôle prinicpal masculin, on était très contentes que ce soit lui."
4 - La tonalité
Autre difficulté : "définir le ton qui nous correspondait et qui séduise la RTBF. Fallait-il opter pour l'humour, le trash ou l'ironie ? Car tout est possible, aujourd'hui, avec le genre policier" , souligne Julie Bertrand.
"Nous avons reçu beaucoup de retours très positifs après la projection de la série à La Rochelle, Namur ou Genève, plus récemment. Beaucoup nous parlent du côté pédagogique de cette série, même s'il y a des approximations. On voit le côté utile, mais aussi les émotions provoquées dans le public. C'est très chouette de voir que cela touche tant des ados que des personnes de 60 ans" , admet Charlotte Joulia.
"On peut vraiment ne rien connaître à l'informatique, apprendre énormément de choses et comprendre très bien l'intrigue des épisodes. Bravo aux scénaristes, aux réalisateurs et aux monteurs d'avoir réussi à parler de l'informatique de façon tellement passionnante" , témoignait Constance Gay au sortir de la première projection en septembre à La Rochelle. Car contrairement à son personnage, Constance Gay n'est pas une vraie geek…
5 - La langue
Pour concrétiser le travail de son équipe de scénaristes, le producteur John Engel (Left Field Ventures) a cherché des "personnes qui avaient la compétence et l'habitude de réaliser des séries. Et les réponses les plus rapides et les plus enthousiastes sont venues de Flandre où la tradition de la série télévisée est très ancrée. Je considère qu'il n'y a pas de barrière communautaire en la matière, d'autant que le projet est basé à Bruxelles." Son souhait, partagé par le réalisateur principal Indra Siera : "Faire naître un projet ethniquement varié, avec une vraie diversité et une vraie multiplicité dans la façon de voir la population, avec des intervenants dans différentes langues et avec les sous-titres ad hoc." Contractuellement, France 2 a demandé une version entièrement en français.
Aux différentes langues parlées dans la capitale s'ajoute la langue des signes, via une comédienne sourde et muette qui joue le rôle de la médecin légiste, Alice (Danitza Athanassiadis). "C'est l'idée d'Indra de jouer sur la poésie du silence dans le cadre de la morgue, un calme qui séduit Samuel Leroy, plutôt secoué dans sa vie personnelle."
Pour toutes ces raisons, la série sera disponible en version sous-titrée et en audiodescription.
6 - Les lieux
Les bureaux, le labo et la cantine du commissariat ont été aménagés dans un ancien home désaffecté de Berchem-Sainte-Agathe. La série a aussi fait quelques incursions wallonnes (Rixensart, La Hulpe) au fil des enquêtes et des nécessités (musée de l'ordinateur à Namur). Ajoutez à cela, une salle d'attente d'hôpital, un stand de tir ou une chambre d'hôtel installés aux étages ou en sous-sol et vous obtenez un résultat bluffant. "C'est notre Cinecitta de Berchem-Sainte-Agathe" , résume Patrick Ridremont.
7 - Les chiffres
La cyber unité que l'on suit est baptisée "Unité 42". C'est le surnom que l'équipe s'est donnée en référence au livre de Douglas Adams "Le Guide du voyageur galactique" (1979). "Dans ce livre, il explique que 42 est un nombre parfait qui apporte la réponse à de nombreuses questions : '42 est l'ultime réponse à la question de la vie, de l'univers et de tout'" , explique John Engel.
Indra Siera, en charge de la direction artistique de la série, a réalisé les épisodes 1, 2, 3 et 10 de la saison 1. Au-delà de la nécessité de donner la première impulsion et de conclure l'histoire de façon harmonieuse, on peut y voir une autre symbolique : 1+3 = 4 x10 = 40 +2 = 42. CQFD…
