La confession tout en pudeur d'Étienne Daho: "Ce sont les événements qui te font devenir un guerrier"
- Publié le 22-03-2019 à 18h09
- Mis à jour le 22-03-2019 à 18h10

Daho revient sur quarante ans de carrière. À voir sur France 3, à 23 h 05."Durer, c'est le fait des autres, lâche Étienne Daho à Christophe Conte au cours d'un entretien fleuve. Avoir été choisi par des gens qui considèrent que votre voix, c'est la leur."
La voix de velours d'Étienne Daho surfe sur les ondes depuis quarante ans, bien au-delà de l'Hexagone. L'homme est discret, pudique, mais il affiche sa différence depuis toujours. Après la "Daho mania" dans les années 1980, il n'a cessé d'évoluer, de s'affranchir d'une image de papier glacé dans laquelle il ne se sentait pas à l'aise. Dans ce portrait de 80 minutes réalisé par Sylvain Bergère, Daho par Daho , l'auteur-compositeur-chanteur se dévoile, posément, sans crainte de livrer ses failles. De raconter ses blessures d'enfance, à Oran, l'abandon puis l'absence, jamais digérée, de son père, son intégration compliquée en France dès l'âge de 7 ans, ou encore ses ruptures sentimentales, sans dire avec qui, ni pourquoi - la pudeur encore. "Ce sont les événements qui te font devenir un guerrier. J'ai cette chose en moi de la conquête, de moi-même surtout. Une grande énergie pour rester debout", glisse-t-il dans une de ces introspections dont nous devenons les témoins curieux.
Londres, son refuge
Entre deux archives en studio, sur scène, à la télé ou au cinéma, le documentaire revient de manière linéaire sur la carrière de l'artiste, chanson après chanson, album après album. Jusqu'à Blitz, dont Étienne Daho explique que les premiers titres ont surgi de façon inattendue, presque magique, au sortir de l'appartement de Syd Barrett à Londres.
Cette ville qui lui sert de refuge, pour échapper à la notoriété, pour enregistrer, pour créer. Un acte mystérieux, plus complexe pour les textes que pour les mélodies selon Daho. Un moment fragile qui peut s'apparenter à "un état d'hypnose".
Daho ne serait pas Daho sans les duos qu'il forma avec Dani, Charlotte Gainsbourg, Françoise Hardy ou Jeanne Moreau. L'occasion de revoir des moments savoureux de partage.
Sa carrière aurait sans doute pris, aussi, une autre tournure s'il n'avait pas été influencé, dans ses premières années, par Chet Baker, été saisi par Pink Floyd ou le Velvet Underground. Elle s'est également construite, dès ses années rennaises, au travers de ses rencontres avec Elli Medeiros, Jacno, ou Arnold Turboust. À partir de cette mise à feu, Christophe Conte remonte avec Daho le fil de cette ascension irrésistible qui faillit le perdre. "J'avais perdu ma trace", confesse-t-il. Après avoir "trempé sa plume dans (ses) névroses", il put aller au-delà, parler davantage des autres, s'ouvrir, et grandir, toujours sous les yeux de son public.Caroline Gourdin