Sttellla, lapin des haricots

A l'heure où monsieur tout-le-monde remise ses sandales de plage et retourne au boulot, Jean-Luc Fonck s'apprête à partir en "vacances" avec ses potes de Sttellla. Périple qui le mènera de Couvin à Houthem, puis au Québec, en Suisse et en France. Explication: "Les vacances, pour moi, c'est quand on est en tournée, confie le leader du groupe (très) belge.

SOPHIE LEBRUN
Sttellla, lapin des haricots
©TANGUY JOCKMANS

ENTRETIEN

A l'heure où monsieur tout-le-monde remise ses sandales de plage et retourne au boulot, Jean-Luc Fonck s'apprête à partir en "vacances" avec ses potes de Sttellla. Périple qui le mènera de Couvin à Houthem, puis au Québec, en Suisse et en France. Explication: "Les vacances, pour moi, c'est quand on est en tournée, confie le leader du groupe (très) belge. Sur scène, pas de GSM, rien, je suis tranquille, avec les copains." Ce qui ne signifie pas que l'auteur-compositeur- interprète-comédien-maître ès jeux de mots Jean-Luc Fonck soit morose le reste du temps: "J'adore travailler, même faire la promo d'un album: je rencontre des gens et j'en apprends plus sur eux que l'inverse", lance-t-il, affable et loquace, attablé dans une taverne d'Etterbeek, son quartier. "Et puis ça fait longtemps que je fais ce boulot. Plus tu travailles, plus c'est facile de travailler. Quand j'étais jeune, j'étais persuadé qu'on avait chacun un quota de conneries disponible. Ce n'est pas le cas..."

Sttellla, trente ans de délire

C'est vrai que ça fait

"longtemps" : le premier 45 tours de Sttellla, "Jane te crois plus", date de 1977, et le 33 "Pouet-pouette" en 1978. Son dixième album studio, "Le plus beau jour de magie" (1), sort ce 4 septembre 2006. Et l'an prochain, Jean-Luc Fonck fêtera ses cinquante ans. Mais le gaillard est bien loin de la retraite. Tout lui réussit. On ne compte plus les émissions de télé, spots publicitaires et campagnes humanitaires où il est apparu ces dernières années, souvent avec ses fidèles compères Christian (qui produit ses albums) et Claude Martin. Avec eux, il a créé la pièce "Noooon, pas eux" au Théâtre de la Toison d'or, en 2005, qui a dû jouer les prolongations.

Les disques pour enfants "Bla-Bla" qu'il a mis en musique se sont vendus comme des petits pains. Comme ses "Histoires à délire debout" (2) "où je m'invente des rêves, car je ne me souviens pas des miens", confie-t-il. Le 3 éme tome vient de paraître, "le quatrième est fini et je suis occupé à écrire le cinquième".

Le secret de cette hyperproductivité? "Je dors peu, je suis d'humeur égale, et je passe facilement du coq à l'âne. Et j'ai des camarades merveilleux, qui ne sont pas plus vite gênés que moi, et en qui j'ai entière confiance".

En trente ans, Jean-Luc Fonck est devenu une "institution belge", note Thierry Coljon dans le livre qu'il lui consacre (3), une biographie jubilatoire, truffée d'anecdotes, de la naissance de l'artiste, à Arlon, à l'éclosion de son dernier album.

Drôle de "monument national", tout de même, qui est apparu tantôt en sosie improbable de David Bowie, tantôt vêtu d'un simple "string-éléphant".

En tutu rose

Pour la tournée 2006-2007, "on sera tous en rose. Et je pense que je vais oser le tutu! J'ai déjà honte", se marre Jean-Luc Fonck. Mais la véritable nouveauté, côté scène, c'est qu'il n'y aura plus de claviers. Ceux-là même, guillerets, aux sonorités rétro, qui sont la marque de fabrique de Sttellla, et qui constellent encore "Le plus beau jour de magie". "C'est comme ça. On sera cinq mecs: trois guitares, une basse, une batterie. Plus les choeurs. Ça va être rock'n'roll!", prévient Fonck - l'album contient aussi, de fait, quelques jolis solos de guitare électrique. "Avec Sttellla, tu peux faire ce que tu veux, du moment que tu le fais avec coeur. Quand j'ai lancé le groupe, j'ignorais qu'il me donnerait autant de liberté: je ne me suis jamais senti encaqué dans un concept."

Sur sa pochette, Jean-Luc - grand fan de l'illusionniste David Copperfield, strass et paillettes compris - apparaît en magicien, et, pour du vrai, s'y transforme en lapin. "On s'est rendu compte que les lapins revenaient souvent dans nos chansons..."

L'album, du Sttellla pur jus, est assez varié, musicalement, et bien sûr truffé de jeux de mots et d'histoires dingues. "La Main verte", concentré de calembours à la sauce Fonck, évoque ses "potes âgés, qui sont assez cultivés" et un sombre massacre de salades ("Je l'ai tu"). La chanson "Les Américains" rappelle le tube "Torremolinos", avec ses comparaisons et clichés belges à la noix ("Ils ont la Californie/ Nous on a Annie Cordy/Ils ont eu le Watergate/Nous on a le waterzooï" ou "Attention voilà John Wayne/Bier na John Wayne is venijn" - voilà qui va sembler sibyllin aux oreilles non-belges...

Ginette, Henri et Pinocchio

Mine de rien, sous des dehors joyeux (claviers de bal dominical, reggae lent, choeurs en "pom- pom-pom"...), on parle aussi pas mal de solitude. Il y a le "Gérant" qui n'a

"rendez-vous avec personne", "Nettegi" (Ginette en "faux verlan") qui tue le temps en écoutant des "DC des Guelsban", "Henri" et d'autres en quête de "Sophie de secours, pour nous réparer quand on est en panne d'amour", et ce vieux garçon qui met fin à ses jours ("On a tous en nous quelque chose d'euthanasié"). Là, on n'est plus sûr de rire. Encore que: "Elle est tendre, triste à mourir, cette chanson, tellement trop que ça devient drôle, non?" lance Fonck. C'est certain, en tout cas, quand il parodie les crooners pleurnichards, sur le vibrant "Pinocchio"... entre autres morceaux courts et bizarreries que l'on ne déflorera pas ici (et que l'artiste commentera sur son site dès le 4 septembre). Autant de souvenirs des feintes que s'échangent les membres de Sttellla en studio, jusqu'au dernier moment.

Et comme tout est possible avec ces zozos-là, le dispensable (la chanson "Belle comme tout") comme le meilleur, l'album contient trois chants très purs, simplement beaux: "Deryn y bwn" en gallois, interprété par Joséphine Draycott (alias madame Fonck), "Isel Macek" en russe, par Valérie Schreer, et, morceau caché, "Spondo", polyphonie a cappella (dans une "langue de l'Est non identifiée"). "C'est bôô", "mystique mi-raisin" conclut le duo Fonck-Martin... brisant platement l'enchantement. "Finir un tel travail par ça, tu t'imagines?, lance le chanteur. C'est dire: ne pétons pas un plomb, voilà ce que nous sommes, de beaux idiots!"

(1) Sttellla, "Le plus beau jour de magie", un CD Pias. En tournée à partir du 4 octobre. Info: Web www.sttellla.be (visite conseillée).

(2) Jean-Luc Fonck, "Prochaines histoires à délire debout", éd. Casterman, coll. "C'est pour offrir", 208 pages, env.14,5 €.

(3) Thierry Coljon, "Sttellla bio de Jean-Luc Fonck", éd. Luc Pire, coll. "Voix personnelles", 144 pages, env.20 €.

© La Libre Belgique 2006

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