Cocoon, dompteurs d'océans

Dire que le Cirque royal s'était mué en cocon vendredi soir pour accueillir la troisième affiche des Nuits Botanique est à peine exagéré. La salle bruxelloise, bien tassée, était en tout point parfaitement calibrée pour accueillir les Français de Cascadeur et, surtout, de Cocoon en tête d'affiche, alors que les régionaux de Bony Kings of Nowhere y flottaient un peu trop.

Vincent Braun
Cocoon, dompteurs d'océans
©Mélanie Wenger stagiaire LLB

Dire que le Cirque royal s'était mué en cocon vendredi soir pour accueillir la troisième affiche des Nuits Botanique est à peine exagéré. La salle bruxelloise, bien tassée, était en tout point parfaitement calibrée pour accueillir les Français de Cascadeur et, surtout, de Cocoon en tête d'affiche, alors que les régionaux de Bony Kings of Nowhere y flottaient un peu trop.

Cocoon y a donné un concert maîtrisé, imposant avec panache et convivialité sa pop aux accents folk. Le duo s'y trouvait comme un poisson dans l'eau. C'est d'ailleurs cette métaphore maritime qui émerge en début de prestation, le groupe débarquant sur scène à la lumière d'un spot qui fait le tour de la salle obscure par intermittence, façon phare, et aux sons de craquement de vieux grément. On se dit Le Havre, Brest ou La Rochelle, rien à voir, Cocoon vient de Clermont-Ferrand.

Les voix de Mark Daumail et Morgane Imbeaud, qui emmènent la formation, s'entremêlent aussi bien que sur leurs disques. Car la formule magique de Cocoon, outre les mélodies douces et légères, ce sont ces deux voix si intimement mêlées qu'elles en forment une nouvelle. "C'est très subtil mais très naturel. On ne se force pas. On essaie d'épurer les choses. Nous ne sommes pas de grands musiciens, ni de grands compositeurs. Mais notre envie est d'avoir un bon son, de créer une ambiance qui enveloppe et transporte l'auditeur", nous expliquaient Mark, 26 ans, et Morgane, 24 ans, un peu avant le concert.

Sur scène, la bonne humeur est omniprésente tant les deux comparses plaisantent en permanence, allant même jusqu'à organiser un jeu musical avec pour prix un poster de Julian Perretta. Les reprises aussi vont bon train, dont celle du titre "Hey Ya !" d'Outkast.

De voyages il est donc question. D'ailleurs, sur "Where The Oceans End", leur deuxième album livré aux flots commerciaux en fin d'année dernière, ils déclinent une réflexion sur ce thème des voyages, ceux que leur a inspirés leur tournée mondiale (aux Etats-Unis, en Australie et en Chine) consécutive à leur premier album sorti deux ans plus tôt (et vendu à plus de 150000 exemplaires). "Cocoon c'est la vie vue comme un voyage, comme un parcours initiatique. Chaque album est conçu comme ça. Chaque album a une histoire, un concept, affirme Mark. Cocoon c'est un véhicule, je vois ça maintenant comme un gros camion, qui nous permet de découvrir le monde par la musique. On n'a pas fait de la musique pour voyager. C'est le voyage qui nous a fait faire de la musique."

Sur le premier album, "My Friends All Died In A Plane Crash" (2007), Mark et Morgane avaient installé tous leurs proches dans un avion qui s'écrase pour tenter savoir ce qu'il restait quand tous ceux qu'on aime meurent. Sur le second, ils se demandent où s'arrêtent les océans, tant ils ont voyagé autour du globe.

A l'une ou l'autre reprise, les lampes qui tombent sur scène jusqu'au-dessus des têtes se sont d'ailleurs mises à tanguer de droite à gauche, formant un étonnant ballet de métronomes. Plusieurs morceaux de l'album, "Dolphins", " Baby Seal", et même "Sushi" évoquent ces mers infinies, sans oublier "In My Boat", qui clôt le concert et qui voit Morgane lâcher les claviers pour accompagner Mark à la guitare.

Les cordes, que matérialisent aussi les cordages délimitant les postes des deux violonistes et du violoncelliste qui accompagnent le duo sur scène, composent l'identité du dernier album, avec les cuivres, absents sur scène. "C'est la chanson qui guide. Si elle demande des cordes, on utilisera des cordes." Mélodiquement, cap sur l'essentiel. "Je prends toujours la mélodie la plus simple, celle qui est du moins mauvais goût. Donc, une mélodie pas trop chargée. Dépouillé pour moi est synonyme de qualité", soutient Mark Daumail. Non sans mettre les points sur les "i" quant au style folk prêté à Cocoon. "On n'est pas folk par nature. On est pop. On passe à la radio, les gens peuvent chanter nos chansons. La folk ? J'ai jamais pu chanter du Bob Dylan à voix haute, c'est moche. Dans la folk, on ne peut pas dissocier le chant de la musique. Nous, oui."

Néanmoins, la musique de Cocoon évoque feu Elliot Smith ainsi que Sufjan Stevens, "mon idole numéro un", dira Mark Daumail, "très fier de passer quelques jours après lui dans cette belle salle". La reprise de "American Boy" d'Estelle, jouée en fin de partie, n'en est que plus audacieuse. Cocoon se sent-il pousser des ailes electro ? Mark Daumail semblait nous l'indiquer en interview. Réponse définitive au troisième album.

Cocoon sera aux Ardentes, à Liège, le 7 juillet, et à l'Ancienne Belgique, à Bruxelles, le 11 octobre.


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