L'éternel recommencement d'Indochine
"Paradize +10" comporte 2 CD et un DVD. Indubitablement, la plaque la plus pertinente de ce coffret "pink" reste le DVD, car il recèle d'étonnants témoignages.
- Publié le 15-02-2012 à 04h15
- Mis à jour le 15-02-2012 à 15h37

L'on sait Indochine coutumier de l'exercice. Ne citons que les deux derniers. Dans la foulée du Paradize Tour (2002), le groupe sort un coffret 3 DVD et 2 CD et, pas plus tard qu'en 2010, la même quantité de galettes pour un "Putain de stade". Cette fois, "Paradize +10" comporte 2 CD et un DVD. Indubitablement, la plaque la plus pertinente de ce coffret "pink" reste le DVD, car il recèle d'étonnants témoignages.
Jetons d'abord une oreille aux CD. Le premier compact contient tous les titres du "Paradize" d'origine, mais en version remasterisée (par Emily Lazar et Joe LaPorta du studio new-yorkais The Lodge). Le deuxième comprend dix remixes avec, comme souvent, certains plus pertinents que d'autres. Ainsi, de "Sound of Punker". Un bootleg Indochine Vs Cassius, possédant des relents de Manu Chao. On trouve aussi pas moins de trois versions de "Mao boy" (Dead Sexy Inc, Rhinôcérose 47 Street et le clubmix d'Oli de Sat lui-même). Sans doute le très sensuel "Boy", déjà soufflé en boucle sur le morceau d'origine par Sirkis lui-même, avait-il de quoi susciter les ardeurs. A cela, l'on ajoutera, un peu courus d'avance dans ce genre d'édition, mais souvent bons à prendre, trois inédits, "Glory Hole, "Comateen II" (paroles de Valérie Rouzeau) et "Le doigt sur ton étoile".
Quant au DVD lui-même, celui sans qui le coffret perdrait de sa saveur, il est tout bonnement délectable. Au sommaire, trois chapitres. On reconnaîtra que l'enregistrement au studio Davout, à Paris, nous réconcilie quelque peu avec les ritournelles d'Indochine. Rien de tel qu'une bonne session acoustique pour se laisser amadouer. Surtout quand ils reprennent "Lips like sugar" d'Echo and the Bunnymen. Mais ça, c'est une autre histoire Rien de tel, aussi, que d'écouter les principaux protagonistes, Nicola Sirkis et Olivier de Sat, recontextualiser le parcours d'Indochine. Et déceler, derrière tout cela, énormément de sincérité, d'intégrité et d'humilité. Toujours bon d'entendre aussi Yves Bongarçon, de Rock Sound, un des rares journalistes à avoir défendu le groupe.
Prétexte du chapitre "Paradize 2011" ? S'attarder, dix ans après, sur la conception d'un album attendu au tournant. Lors de sa sortie, peu de choses filtrent autour de la manière dont ce 9e album studio a été élaboré, alors qu'aujourd'hui, les commentaires et les anecdotes se bousculent. Un "revenez-y" qui vaut vraiment le coup. Rien que pour l'imitation de Jean-Louis Murat par Rudy Léonet. C'est ce dernier qui va d'ailleurs mettre le chanteur auvergnat au défi d'écrire pour Indochine ! C'est lui aussi qui recommandera Melissa Auf der Maur pour "Le grand secret".
Rappelons qu'en 2002, Indochine connaît un coup de mou. Si les fans lui vouent un soutien indéfectible (et les Belges ne sont pas en reste), le groupe n'est guère encouragé - ses éternelles chansons d'amours adolescentes sont plutôt la risée des médias. Quant à l'industrie discographique Le mot d'ordre de sa maison de disques est clair : "Si l'album ne marche pas, on ne vous défendra pas." Après "Wax" et "Dancetaria", "Paradize" est censé clore une trilogie. Dans les années 90, Indochine connaît pas mal de bouleversements : départ de Dominique Nicolas (auteur des grands tubes de la clique), arrivée d'Oli de Sat, et, en 1999, disparition foudroyante du frère de Nicola, Stéphane. Encouragé par son entourage - avec un rôle déterminant joué par le fameux Rudy Léonet, actuellement directeur de Pure FM -, Nicola Sirkis fait appel à l'équipe. Cela se traduit par l'arrivée de nouvelles plumes. Au menu, des auteurs-compositeurs-interprètes. Rien moins que Jean-Louis Murat (Un singe en hiver), Gérard Manset (La nuit des fées) ou Mickaël Furnon (J'ai demandé à la lune). Des écrivains aussi : Camille Laurens (Comateen I) et Ann Scott (Paradize). Sans oublier Valérie Rouzeau (en bonus pour Comateen II). Son analyse est des plus fines quand elle décrit dans quel état d'esprit elle s'est trouvée, en tant que poète, pour écrire une chanson : "Poser des paroles sur une mélodie qui est déjà là avec des mots qui ressemblent à l'anglais tout en écrivant en français."
Réentendre la maquette de "J'ai demandé à la lune", interprétée par Mickaël Furnon, est riche d'enseignements, quand on sait combien les membres du groupe, ne trouvant pas le bon angle, ont failli laisser tomber la chanson. C'était sans compter sur les heureux hasards, ceux qui font le suc de l'existence. Comme l'idée de Nicola de donner le refrain à une petite demoiselle, qui se balade dans le studio avec son papa, qui n'est autre que Pauline Léonet, 18 ans aujourd'hui. Après le tube "L'Aventurier" en 1983, place à "J'ai demandé ". De "Paradize", il s'en écoulera 1 500 000 exemplaires. L'indomania ? Laissons cinq demoiselles anonymes, repérées au hasard parmi les milliers de fans présents au Zénith parisien le 1er février dernier, en témoigner. "En fait, il n'y a rien à comprendre. C'est indescriptible. Il faut le vivre." Dont acte.
"Paradize +10", 2 CD, 1 DVD, Sony, 20 € env.
