Juliette au balcon de Bozar

Bien sûr, Bellini, Berlioz, Tchaïkovski, Prokofiev et quelques autres encore ont également mis en musique la très célèbre tragédie de Shakespeare. Mais, surtout pour un auditoire francophone (et il en reste encore une petite moitié à la Monnaie), le "Roméo et Juliette" de Gounod reste un must.

Nicolas Blanmont

Bien sûr, Bellini, Berlioz, Tchaïkovski, Prokofiev et quelques autres encore ont également mis en musique la très célèbre tragédie de Shakespeare. Mais, surtout pour un auditoire francophone (et il en reste encore une petite moitié à la Monnaie), le "Roméo et Juliette" de Gounod reste un must.

Pour Juliette et son balcon, pour Roméo en dessous, pour la féroce et impitoyable lutte des Capulets et des Montaigus, pour Vérone (discrète), pour Tybalt et Mercutio, pour Frère Laurent et ses potions, pour le "elle est morte alors je meurs aussi", et pour le "eh! Je n'étais pas vraiment morte !". Ou, plus noblement, pour l'inexorable conflit entre la pureté des sentiments personnels et l'inflexible rigueur de la raison d'Etat.

Romantique au point de friser le kitsch, certes, mais on adore quand même. Et pourtant, l'opéra créé par Gounod au Théâtre Lyrique de Paris en 1867 - le deuxième grand succès de sa vie après "Faust" -, reste rare à la scène chez nous, et particulièrement à la Monnaie. L'œuvre y fut pourtant donnée dès 1867, quelques semaines à peine après la création parisienne, et dans une production qui allait rester à l'affiche jusque 1953, réapparaissant au moins tous les dix ans et parfois plus régulièrement encore.

Puis, il y eut une autre production en 1958. Et puis plus rien Pas même une version de concert. Comme si l'œuvre éponyme de Berlioz, chorégraphiée par Béjart dès 1966, avait occupé tout le terrain.

Evidemment, on aurait rêvé d'une nouvelle production scénique. Peter de Caluwe, peut-être aussi, qui arrive avec cette version de concert donnée trois fois, presque comme la bouture inaboutie d'une mise en scène que des économies budgétaires auraient tuée dans l'œuf. Les versions de concert sont toujours un pis-aller, comme si la direction de la maison ne croyait pas vraiment aux qualités dramatiques du livret. Sauf à en faire des versions semi-scéniques, qui peuvent être plus théâtrales encore, mais, à la différence de la mémorable "Chauve-Souris" de décembre dernier, aucun Joosten n'est annoncé cette fois pour dynamiser le plateau.

Alors, on se consolera en se disant que la version sera "très complète", avec même des personnages supprimés habituellement (Manuela, Pepita, Angelo, Frère Jean), certes sans les ballets (ouf ?), mais avec quand même de quoi commencer à 19h. A la baguette, Evelino Pido, chef expérimenté à défaut d'être toujours passionnant. Et un beau plateau de solistes : John Osborn et Nino Machaidze dans les rôles titres, mais aussi Paul Gay, Carole Wilson et quelques régionaux de l'étape comme Angélique Noldus, Stefan Cifolelli, Lionel Lhote ou Nabil Suliman.

Bruxelles, Bozar, dimanche 17 et jeudi 21 mars à 19h, dimanche 24 mars à 14h; 070/233939, www.lamonnaie.be

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