Daft Punk, retours vers le futur
Ce vendredi sort le nouvel album de Daft Punk. Après huit ans d'absence, dont deux-trois mois de teasing, les Parisiens sont ultras attendus. Ils ont pris le risque de décevoir.
- Publié le 17-05-2013 à 09h37
- Mis à jour le 27-06-2013 à 19h01

"Il n'y avait pas de conception pré-établie de ce qu'il fallait faire", raconte celui que tout le monde appelle Giorgio. Moroder, c'est Midnight express et Flashdance. C'est Bowie et Donna Summer. C'est le "Spacer" de Sheila. C'est un tas d'autres encore. Son récit, qui donne corps au troisième morceau de l'album de Daft Punk, a tout du grimoire des pages duquel le groupe a déchiffré la formule qui fait de Random Access Memories une oeuvre tentaculaire.
Maîtres de toutes les manettes, les Daft Punk ont orchestré le silence qui a précédé la sortie de leur album, ce 17 mai. Un indice là, une interview de collaborateur ici. Des interstices de plus en plus courts. Un goût du secret cultivé jusqu'à agacer. Des attentes entretenues jusqu'au risque de décevoir. Mais assez d'originalité pour surprendre malgré tout.
Dans les Inrocks, DP explique avoir cherché à redonner vie à la musique enregistrée. Fans de ciné, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont vu et appris de Frankenstein. Disséquer: ok, recomposer: très bien, substituer: parfait. Perdre le contrôle: jamais.
RAM, c'est une leçon d'anatomie de la musique. Une sorte de traité des racines de l'électro et des manières de les accommoder. DP a décompressé les samples qu'il aurait utilisé s'il avait poursuivit la route entamée par ses trois premiers albums. Des mémoires de synthés, ils extraient des sons qui, pourtant inédits, sonnent comme s'ils avaient été des BO de films, des génériques de dessins animés, des bruitages de science-fiction. Ils démêlent les ficelles des tubes des 70' et 80', devenues dans les 90' les cordes sur lesquels ils étaient parmi les premiers à tirer. Ils déroulent ce que la bande-son de leur vie a pu avoir d'inquiétant, de léger, de captivant. Ces longs passages instrumentaux de films qui questionnent autant sinon plus qu'ils distraient.
Deux-trois chapitres sont plus faibles. DP en tire parti pour accentuer le relief de ses pièces-maîtresses. RAM, c'est treize morceaux laissant l'impression d'en avoir entendu quarante. Mais Random ne laisse rien au hasard.
La mémoire du pc liquide un à un tous ses dossiers. Pop, rap, électro, jadis samplés, jalonnent la deuxième partie d'un album. L'orchestre 70ies et les réminiscences de Shaft cèdent le pas à des beat plus lourds pour rejoindre l'époque "Homework". Et la dépasser sans une once de nostalgie. Contact conclut le traité rédigé par le duo parisien. Une fois les souvenirs updatés, Daft Punk dévoile sa messe pour le temps présent. Avec jubilation.
En structurant RAM, Daft Punk n'avait peut-être pas de conception pré-établie de ce qu'il fallait faire mais il a réussi à la faire.
