Etienne Daho à la hauteur, mais pas au sommet
Etienne Daho a livré un concert classe, bien enlevé, mais pas dantesque, jeudi au Forum de Liège. Compte-rendu.
- Publié le 31-10-2014 à 16h22
- Mis à jour le 31-10-2014 à 16h29

D'Etienne Daho, icône de la pop française au long cours (35 ans de carrière, 58 printemps), on peut dire sans trop prendre de risques qu'à l'instar d'un Dominique A, il ne livrera sans doute jamais de mauvais concert. Trop doué, ouvert d'esprit et rétif à l'auto-satisfaction pour cela. Son dernier album, "Les chansons de l'innocence retrouvée", perle de pop orchestrale conviant moult confrères, confirme que Daho est un artiste en mouvement, auteur d'une musique qui, au fil des décennies, a pris de l'épaisseur et de la largeur, sans pour autant perdre son ADN (un mélange de légèreté et de gravité notamment). De fait, c'est un très beau moment qu'a passé le public du Forum de Liège, jeudi soir - avant le Cirque Royal vendredi. Mais pour qu'il soit exceptionnel, il eût fallu davantage de nuances dans les réglages sonores et les arrangements, quelque surprise (dans la setlist par exemple), et une salle en configuration debout pour permettre au public de danser plus librement.
Tubes à la pelle
Etienne Daho apparaît sur les nappes synthés "Satori Pop Century". Noir de pied en cap à l'exception d'une pointe de rouge dans le col, toujours classe, assorti aux figures basiques qui défilent en noir et blanc, entouré de cinq talentueux musiciens. Lui-même martèle deux cymbales. Le son est pêchu. Les premières notes de "Des Attractions Désastre" et les déhanchés twistés de Daho font le reste: la salle est debout, trop heureuse de replonger dans ses tubes inoxydables – et il y en aura, à la pelle. Les morceaux du dernier album tiennent parfaitement la route, sur scène; ils tiennent même le haut du pavé, avec leurs mélodies envoûtantes, leur tonalité plus cinématographique. Quand Daho alterne le "parlando" et le chant ("L'homme qui marche") on boit ses paroles. Idem face au romantisme noir, à l'atmosphère mystérieuse d'"Un nouveau printemps", mêlant guitare funky et cordes ici virtuelles.
Fêlures bienvenues sous la peau dure
La setlist puise généreusement dans les dix premières années de sa discographie. En matière d'arrangements, par contre, Etienne Daho a le bon goût de ne pas jouer la carte de la nostalgie "années 80". Il donne, en l'occurrence, des allures plus rock que pop à son concert. Tout le contraire de Perez, qui a assuré la première partie de soirée, soit dit en passant : ce jeune musicien français déroule un univers synthétique "eighties" un peu poussif, daté, ampoulé. On a vu mieux, dans le sillage des Darc et Daho (Lescop par exemple). Daho monte le son, donc. Les riffs de guitares électriques agrippent son "Epaule Tattoo". "Il ne dira pas", son premier single, cède ses légers atours funky au profit d'un costard sombre et puissant. Seul hic, le chant s'y perd, par moments – et, partant, les "fêlures" sous "La peau dure", pour paraphraser l'un de ses récents titres. On apprécie d'autant plus l'"Ouverture" du rappel, où la voix, pure et émouvante, reprend pleinement ses droits. Et ce "Week-end à Rome" en simple communion avec le public. Un peu inconsistantes, ses "Heures indoues" sont vite oubliées.
Il y a des hauts, quelques bas, mais l'univers Daho est bien là. Et cette envie de prolonger la nuit en se replongeant dans ses "Chansons de l'innocence retrouvée". On rêve à présent de le voir, sur scène, accompagné d'un orchestre.