"Musica Mundi", concert fleuve entre intimes

"Musica Mundi" confie une soirée hors normes à ses artistes en résidence.

Martine D. Mergeay
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"Musica Mundi" confie une soirée hors normes à ses artistes en résidence.Puissant, foisonnant, inclassable dans le paysage musical belge, le festival-stage "Musica Mundi" fonctionne selon des critères étroitement liés aux personnalités de ses fondateurs, Hagit et Leonid Kerbel, elle, pianiste, lui, violoniste, tous deux pédagogues hors pair, déterminés à faire rayonner leur vision de la pratique musicale. Autant qu'un apprentissage artistique et professionnel, ils considèrent celle-ci comme un incomparable outil de développement personnel et humain, en particulier à travers la musique de chambre, envisagée à juste titre comme modèle éthique et social.

Ainsi, tandis que se poursuit la réalisation d'un projet d'"Ecole primaire et secondaire Musica Mundi" (Waterloo), le stage-festival annuel (18e édition) concentre les objectifs des fondateurs : 69 jeunes musiciens âgés de 9 à 18 ans, en provenance de 30 pays différents, sont rassemblés en ce moment sous la houlette d'un corps professoral de quatre membres (dont le couple Kerbel), rejoint par les "Young Faculty Members" et 13 artistes en résidence, parmi lesquels Nicholas Angelich, Menahem Pressler, le Quatuor Prazak et Ronald Van Spaendonck… C'est à ces artistes en résidence qu'était confié le concert donné samedi dernier au château du Lac, à Genval.

Un peu de tout, par les meilleurs

Ce fut un concert fleuve - 10 musiciens plus les Prazak, 7 œuvres, 3 heures -, il passa comme une fleur, suivi avec attention par un public à la fois silencieux (on ne tousse pas à Genval) et réactif, comprenant tous les jeunes stagiaires (en extase).

Les Prazak ouvrirent la soirée avec le "Quartettsatz" de Schubert, mené par l'énergie jubilatoire de Jana Vonaskova, nouvelle venue au poste de premier violon du quatuor. On les retrouva aux côtés de la harpiste Catherine Michel pour la "Danse sacrée et profane" de Debussy, et, en fin de concert, avec le pianiste Nicholas Angelich pour l'imposant Quintette de Franck.

Entre-temps, on avait découvert deux raretés, l'une d'Ernest Chausson, avec Ronald Van Spaendonck à la clarinette et Chang-xin Guan au piano, l'autre de Ralph Vauhghan Williams, avec Matthew Hunter à l'alto et Jussi Siirala au piano. L'entraînant Trio n°39 de Haydn ("à la hongroise") avait conclu la première partie, donné par Alexandra Soumm, Jerôme Pernoo et Nicholas Angelich, encore lui, très inspiré, comme toujours…

Menahem Pressler, la pensée et la grâce

Immense pianiste, fondateur du Beaux Arts Trio, pédagogue célèbre (et redouté), Menahem Pressler a aujourd'hui 92 ans et sa passion pour la musique et pour la scène ne faiblit pas. C'est lui qui ouvrit la seconde partie du concert, porté par son entourage jusqu'au piano où il offrit les "Estampes" de Debussy dans une réalisation approximative, mais perceptiblement guidée par l'esprit - ce qui conférait à la musique toute son intelligibilité - et inscrite dans des sonorités poétiques et lumineuses. Les mêmes que l'on retrouvera dans le "Nocturne" de Chopin donné en bis par le vieux maître entouré de tous les artistes de la soirée. Une leçon d'écoute. Standing ovation.

--> Concerts et masterclasses se poursuivent jusqu'au 31 juillet.

Infos : www.musicamundi.org

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