Comment les festivals d'été, souvent bruyants, se sont adaptés aux villes qui les accueillaient et comment ils ont séduit leurs riverains
La saison des festivals se poursuit et les chapiteaux poussent comme des champignons au plat pays. Des méga-événements qui ont dû s'adapter aux villes et patelins qui les accueillent, et séduire les riverains.
- Publié le 26-07-2018 à 12h21
- Mis à jour le 26-07-2018 à 12h22

La saison des festivals se poursuit et les chapiteaux poussent comme des champignons au plat pays. Des méga-événements qui ont dû s'adapter aux villes et patelins qui les accueillent, et séduire les riverains.De Woodstock à Tomorrowland, de la zone sinistrée aux visites guidées
Nous sommes le matin du 15 août 1969, à Bethel, bourgade paysanne située à quelques encablures de Woodstock dans l'Etat de New York. Max Yasgur, fermier de père en fils, a loué ses terres à une bande de gamins chevelus désireux d'y organiser une fête musicale…
Ils devraient être 50 000 à fouler ses prés d'ici quelques heures. Ils seront finalement un demi-million à affluer des quatre coins des Etats-Unis pour assister à ce qui deviendra le plus célèbre des festivals pionniers et sans doute l'événement live le plus marquant de l'histoire des musiques populaires.
Trois jours de paix et de notes durant lesquels la zone (de White Lake) fut déclarée sinistrée et au fil desquels les habitants du coin furent solidaires et apportèrent assistance et nourriture aux festivaliers.
Belgique, terre de festivals
S'il n'était pas le premier rassemblement du genre, précédé par ceux de Miami, Montherey ou sur l'île de Wight, Woodstock a néanmoins engendré bien des rejetons. Aujourd'hui, partout dans le monde, l'été est devenu l'endroit de ces gigantesques manifestations, et notre pourtant petite Belgique une terre de festivals particulièrement fertile.
Devenus spécialistes et très pros en la matière (commander une bière dans un festival français, par exemple, permet de s'en rendre compte), les promoteurs belges ont eux aussi dû s'adapter aux villes et communes qui les accueillent chaque mois d'août ou juillet. Voire charmer les riverains contraints de cohabiter avec leurs infrabasses et les milliers de mélomanes par le bruit alléchés.
Francos, jamais sans locaux
Les Francofolies de Spa, événement inscrit dans le tissu urbain s'il en est, qui clôturait leur cru 2018 aux bons soins de Vianney dans la nuit de dimanche à lundi, entretiennent aussi de bonnes relations avec Spa et ses habitants.
Cela va de sésames offerts ou tarifs préférentiels proposés, à des actions conjointes avec le tissu associatif local, des collaborations avec l'office du tourisme spadois, avec les restaurateurs du coin (dans le cadre des "Francos Gourmandes", avec cartes, plats et menus spéciaux durant le festival), avec les commerçants (petite scène et concerts gratuits organisés en coproduction avec le festival en marge du site) et même des événements originaux dans les thermes (réveil lounge avec un DJ local), "pour que tous soient bien intégrés à la dynamique du festival".
"En termes de dédommagement , poursuit le porte-parole des Francofolies Marc Radelet, les riverains directs des sites de concerts reçoivent des tickets pour les concerts. Cette année, suite aux changements d'implantation cela concernait principalement les riverains du Parc de 7 heures. En termes d'avantages, nous avons mis en vente 1 000 abonnements à un prix spécial (63,50 €) pour les Spadois. Nous offrons en outre des places à des tombolas, clubs services ou concours locaux […] Enfin, durant cette dernière édition, nous mettions en avant des acteurs spadois de la musique électro en leur donnant une visibilité toute particulière…"
Tomorrowland, un coup d'avance
Après un premier week-end réglé comme une horloge, la grande messe électronique Tomorrowland s'apprête à entamer son second week-end de folie multicolore vendredi. Et ses organisateurs ont toujours eu un pied dans le futur.
Outre les liens de collaborations étroits qui existent entre le festival et les villes/communes de Boom et Rumst (dont le magnifique Domaine provincial De Schorre sert d'ailleurs de théâtre au festival), des visites du site étaient jadis organisées en amont pour les riverains.
Emerveillés par ce véritable parc Disney pour adultes, qu'ils découvraient ainsi avant tout le monde, nombre d'entre eux accueillaient favorablement ce drôle d'événement. Aujourd'hui, c'est carrément une fête des voisins qui est organisée sur place entre les deux week-ends, histoire de trinquer avec les populations locales.
Enfin, détail de taille, Tomorrowland arrête la musique vers minuit/1 h depuis toujours, par respect du voisinage. Ici, même la nuit est polie.

"Nous ne sommes pas arrivés à Dour avec nos gros sabots…"
Le Dour Festival a bouclé une belle et festive 30e édition le 15 juillet. Un cru anniversaire marqué par un changement de site, désormais installé non loin de l'ancienne plaine de la Machine à feu, dans un champ d'éoliennes. Damien Dufrasne, administrateur-délégué, chef des bénévoles et presque cofondateur de l'événement, nous a expliqué comment les choses se passent avec les populations locales, depuis les prémices.
A Dour, vous en êtes depuis les débuts…
J'ai commencé comme volontaire pour monter les scènes la 2e année (en 1990, NdlR). Puis, je suis passé par toutes les étapes. J'ai vécu cette aventure avec Carlo [Di Antonio] au départ, avant qu'il ne parte en politique et que je ne le remplace. On a commencé tout petit. Avant cela nous avions monté le Rockamadour, un club musical à Dour, et lancé le "Rif Raf" version francophone, un magazine gratuit. J'ai été bénévole, fait de la promotion, bossé dans l'administratif, dans la production, la sécurité, le ramassage des déchets… Pour en finir il y a un peu plus de dix ans comme directeur du festival.
Comment ça se passe avec les riverains ?
A Dour, l'ancrage s'est fait très doucement. Nous ne sommes pas arrivés avec nos gros sabots installer un festival. On s'est développé, on a grandi à Dour, et les riverains ont embarqué avec nous dans le projet. Beaucoup de Dourois s'y sont investis volontairement dès le départ, des clubs sportifs de la région nous ont rejoints à divers postes… La population fut impliquée dès les prémices. Aujourd'hui, cela facilite beaucoup les choses puisqu'on travaille en toute confiance et qu'elle nous apprécie.
Des commerçants sont même entrés dans le capital…
Effectivement. Au début, lorsque Carlo, son frère et d'autres associés ont monté le festival et connu quelques difficultés financières, pour payer des cachets comme celui de Bernard Lavilliers par exemple et éponger les pertes, certaines sociétés ou commerçants ont en effet apporté leur aide à l'époque… Car ils croyaient au projet qui s'installait dans leur commune. Nombre d'entre eux sont toujours actionnaires aujourd'hui. Et ils ont eu raison. […] C'est pour cette confiance-là aussi que l'on reste à Dour, malgré les adaptations que nous avons faites par rapport au site cette année.
Le changement de site est-il dû à des contraintes liées à l'environnement ou au voisinage ?
Oh non, pas du tout… Il faut savoir qu'on était installé dans un environnement de zoning industriel, qui n'était pas encore très développé à Dour. Nous avons eu connaissance, il y a un an, d'un énorme projet d'installation d'une entreprise - Zalando en l'occurrence - qui devait occuper ici 20 à 30 hectares. Finalement, ledit projet est tombé à l'eau. Mais, comme nous savions que, tôt ou tard, nous allions perdre des terrains, et que l'activité du zoning grandit de plus en plus, nous avons décidé de déjà réaménager. Au final, on inverse les parkings et les campings, et on utilise toujours une partie des terrains de l'ancienne configuration. C'est un coup d'avance, pour éviter des soucis prochains.
Avez-vous eu des plaintes de riverains ?
Il y a eu une évolution des riverains au fil des années, et comme j'en suis depuis 28 ans, j'ai connu plusieurs époques. Une première, où les festivaliers se promenaient un peu partout dans le village, avec des commerces improvisés et illégaux de bouteilles d'eau à tous les coins de rue… Il y a une petite vingtaine d'année, la commune a décidé d'établir un périmètre plus strict pour les festivaliers, car cela devenait un peu difficile à gérer. On était et on est toujours aujourd'hui installé dans une zone proche d'habitations, avec un certain nombre de riverains alentour. Des personnes qui n'ont pas demandé à avoir un festival sur le pas de leur porte pendant cinq jours, avec pas mal d'inconvénients à la clé comme le passage et le bruit, et dont on doit tenir compte […] Mais je dois dire que cela s'est toujours très bien passé. Ici, au festival, nous avons quelqu'un dont le job est de gérer cet aspect et de s'occuper de nos "voisins". D'être à leur écoute, de récolter les infos, de répondre à leurs questions, de leur fournir des accès, des parkings, de leur expliquer… Pendant deux mois, cette personne ne fait que ça. Ceux-là sont tous évidemment invités en VIP par le festival s'ils le souhaitent.