La Poppée stylisée de Christie et Lauwers
- Publié le 17-08-2018 à 07h38
- Mis à jour le 17-08-2018 à 07h43

Débuts lyriques en demi-teintes pour l'artiste flamand polymorphe.Théâtre, peinture, danse, arts plastiques, vidéo : l'Anversois Jan Lauwers a la réputation d'exceller dans une série de domaines artistiques différents, mais n'avait été que peu présent à l'opéra jusqu'ici. Markus Hinterhäuser, qui dirige le Festival de Salzbourg depuis l'an dernier, lui a offert l'entrée du monde lyrique par la grande porte en lui confiant l'extraordinaire "Couronnement de Poppée" de Monteverdi en tandem avec William Christie.
Pas sûr toutefois que ce coup d'essai soit un coup de maître : Lauwers apporte certes un univers visuel riche et original, mais l'ultime opéra de Monteverdi demande bien plus que de réussir de belles images ou quelques scènes.
Le décor est presque en deux dimensions, constitué d'un grand plancher de bois incliné qui reproduit, dans le style d'une peinture ancienne, un enchevêtrement de corps. Il est percé, à l'avant-scène d'une fosse d'orchestre peu profonde, divisée en deux par une passerelle où évoluent les solistes.
Les Arts florissants, en formation réduite mais diversifiée dans les sonorités, sont répartis de part et d'autre, les deux clavecins - dont celui de William Christie - se faisant face.
Comme il en a pris l'habitude ces derniers temps, le chef américain naturalisé français agit en primus inter pares plus qu'en véritable chef. Avec à la clé un véritable ensemble chambriste bien équilibré dont les membres s'écoutent et se répondent, mais aussi avec plus d'une fois un manque d'influx nerveux et dramatique, et des tempi qui se ralentissent exagérément.
Danse répétitive
Des danseurs omniprésents se mêlent aux chanteurs, répétant souvent les mêmes mouvements. Ils se relaient même sur un podium rond surélevé pour tourner comme des derviches tout au long des trois heures que dure le spectacle.
Il y a quelques moments de grâce quand la troupe se fige dans des tableaux arrêtés (pour faire corps autour de Poppée, par exemple pendant la belle berceuse "Oblivion soave") mais, sinon, ce mouvement perpétuel irrite assez vite, d'autant que cette agitation donne plus d'une fois le sentiment de remplacer une véritable direction d'acteurs.
Si quelques scènes en duo sont intensément investies (entre Néron et Poppée, ou Valetto et Damigella), d'autres sont banales, voire ratées (la mort de Sénèque ou le duo Néron Lucain, par exemple).
Avant d'être la star internationale qu'on connaît aujourd'hui et qui chante Verdi, le vérisme et le bel canto, Sonya Yoncheva avait été une voix baroque, découverte par Christie dans le cadre de sa pépinière du Jardin des voix.
Elle ne l'a pas oublié et revient ici en somptueuse Poppée, timbre fruité et couleurs généreuses. Belle idée de lui avoir adjoint un Néron travesti, surtout qu'il s'agit de l'excellente mezzo-soprano Kate Lindsey, androgyne à souhait dans son look de hippie et offrant un beau timbre bien différencié.
Dans le rôle d'Ottavia, l'impératrice répudiée, Stéphanie d'Oustrac est une nouvelle fois formidable, mais on doit aussi citer Ana Quintans (Drusilla) ou, côté masculin, l'insubmersible contre-ténor Dominique Visse (qui chante la nourrice Arnalta depuis trente ans au moins) ou la belle découverte du baryton Italien Renato Dolcini (Sénèque).
Salzbourg, jusqu'au 28 août; www.salzburgerfestspiele.at