La Roque, véritable Mecque du piano, célèbre aussi Bach
Même en version réduite, le festival provençal reste La Mecque du piano.
- Publié le 16-08-2020 à 09h58
- Mis à jour le 12-07-2021 à 18h48

Prenez un piano (deux mains certes, mais un seul musicien), mettez-le en plein air (cela facilite la distanciation sociale) et qui plus est dans un parc de dix hectares, de façon à laisser au public suffisamment d'espace pour aller et venir sans excès de promiscuité. Tout comme le festival de Salzbourg ne pouvait renoncer à son centième anniversaire, celui de La Roque-d'Anthéron ne pouvait se saborder alors qu'il fête ses quarante ans. Infatigable directeur artistique de cette Mecque du piano, René Martin annonçait dès le mois de mai un festival réduit et repensé qui vaut le détour.
Compte tenu des incertitudes entourant les voyages, les habituelles stars internationales du clavier venues de Russie, de Chine ou du Brésil ne sont pas là cette année : place à l'école française du piano, mise à l'honneur pour ses qualités intrinsèques mais aussi parce qu'elle se déplace… en voiture. Après avoir programmé l'intégrale des sonates de Beethoven ainsi que de ses concertos (en version chambriste) - 250e anniversaire oblige -, le festival proposait mercredi une journée Bach, tant il est vrai que la musique du Cantor est aussi un fondamental pour tous les pianistes. Trois récitals (aux concerts de l'après-midi et du soir on a ajouté cette année une série à 10 h du matin), trois pianistes aux alentours de la quarantaine, et un même thème obligé : Bach.
Forte, subtil et original
À 10 h, entre premiers chants des cigales, libellules amoureuses et papillon fantasque, Vittorio Forte ouvre la journée dans l'auditorium (public en gradins à ciel ouvert, mais scène recouverte d'une conque acoustique) avec la partita n° 1 BWV 825 : il impose d'emblée un Bach résolument subjectif, entre fluidité (la célèbre gigue finale est cristalline) et rubati affirmés. Établi à Montpellier, l'élégant Italien a construit un programme subtil et original où la figure tutélaire du grand JSB se décline aussi à travers ses fils (Wilhelm Friedemann, Carl Philip Emanuel et Johann Christian) et ses transcripteurs (Busoni ou Kempff). De quoi mêler au baroque de départ des accents tour à tour sturm und drang, classiques, romantiques et parfois presque surréalistes.
À 17 h, c'est dans une splendide allée de platanes centenaires qu'on découvre Célimène Daudet, venue en voisine puisqu'elle est native d'Aix-en-Provence. Une estrade dans l'allée, une légère amplification du piano et un programme qui prend des libertés avec le thème de Bach en ajoutant César Franck et Franz Liszt à des extraits de L'Art de la fugue. Bach semble moins intéresser la pianiste franco-haïtienne (le propos y est plus convenu) que les maîtres du XIXe, où elle témoigne d'une grande maîtrise, mais sa virtuosité semble parfois chercher son chemin vers la lumière.

Le soir, l'auditorium distancié (600 places occupées sur 2 020) accueille David Fray, autre fils du sud de la France. Programme simple et évident à la fois : les Variations Goldberg. Tantôt affalé sur son dossier comme un Brahms vieillissant, tantôt penché sur le clavier avec la tête entre les épaules, laissant brièvement pendre la main droite avant de la relancer sur le clavier, faisant naître la réexposition finale du thème de l'intensité sonore qui clôture la variation 29, le Français confirme les affinités avec Bach déjà témoignées dans plusieurs disques. Mais, entre instabilités rythmiques, petits accrocs récurrents et mains qui semblent parfois tricoter quand elles doivent se croiser, on se dit qu'il faudra sans doute encore un peu de temps avant de confier ces Goldberg aux studios.
La Roque-d'Anthéron, jusqu'au 21 août ; www.festival-piano.com