Le jubilatoire retour de Robinson Crusoé à la civilisation
Le duo Minkowski-Pelly se reforme pour un Offenbach oublié.
- Publié le 11-12-2025 à 17h01

Opéras bouffe et opéras féerie, opérettes, opéras comiques ou grands opéras, Jacques Offenbach a composé une centaine d'ouvrages lyriques : rien d'étonnant à ce que certains soient tombés dans l'oubli. À l'image de son héros, son Robinson Crusoé avait ainsi été, après sa création en 1867 (entre La Grande-Duchesse de Gerolstein et La Périchole) abandonné sur une île lointaine, recevant à peine la visite de quelques très rares Vendredis, principalement venus du Royaume-Uni – le seul enregistrement vaguement disponible en CD est en traduction anglaise.
Paris, où on n'avait plus vu l'œuvre depuis 1986, s'enthousiasme ces jours-ci pour le célèbre naufragé. C'est que le Théâtre des Champs-Elysées a réuni un duo mythique, artisan de quelques autres résurrections mémorables d'ouvrages de celui que Rossini appelait justement le petit Mozart des Champs-Elysées.
Marc Minkowski, convaincu par l'œuvre et convaincant à la direction de ses toujours pimpants Musiciens du Louvre, démontre à quel point ce surnom n'était pas usurpé. Et combien, ici tout particulièrement, Offenbach s'est montré capable pour un ouvrage ambitieux par lequel il cherchait reconnaissance, d'écrire de la musique de haut vol, pas seulement efficace – comme il le fait toujours – mais aussi digne d'être écoutée, même sans le support des images. L'évocation de la mer et de la nature est omniprésente – l'opéra s'ouvre quand Robinson vit encore à Londres et son voyage au Brésil est largement évoqué – dans les entractes symphoniques qui ouvrent chaque tableau, et Edwige – la fiancée de Robinson qui part à sa recherche – se voit notamment dotée d'une grande scène de valse brillante avec coloratures que de grandes sopranos – de Joan Sutherland à la regrettée Jodie Devos en passant par Natalie Dessay – ont enregistrée.
Fuchs éblouissante
C'est ici l'excellente Julie Fuchs qui incarne le rôle de façon éblouissante, entourée d'un remarquable plateau vocal qui comprend notamment le jeune et excellent ténor Sahy Ratia, natif de Madagascar (Robinson), la mezzo-soprano Adèle Charvet (Vendredi), le ténor Marc Mauillon (Toby, le sidekick), la soprano Emma Fekete (sa femme Susanne) et le baryton Laurent Naouri (le père de Robinson).
Avec son habituelle complice Agathe Mélinand à la réécriture/modernisation des dialogues parlés, Laurent Pelly signe à nouveau une mise en scène extrêmement efficace forte d'une direction d'acteurs au cordeau. Il y a ce qu'il faut de scènes burlesques habituelles où on rit à chaudes larmes, mais on trouvera aussi ce qu'il faut de discrète relecture : l'île déserte est un bidonville de cartons au pied de gratte-ciels conquérants, et les sauvages sont des "oligarques" dont l'allure uniforme (cheveux blonds peroxydés, costume bleu, chemise blanche, cravate rouge) évoque un certain président d'outre-Atlantique.
Paris, Théâtre des Champs Elysées, les 12 et 14 décembre ; ensuite à Angers, Nantes et Rennes de mai à juin. Diffusion sur France Musique le 10 janvier à 20h.