C'était au temps du cinéma muet
Opéra. Une "Flûte enchantée" légendaire à ne pas manquer.
- Publié le 10-05-2026 à 15h52

C'est une des productions lyriques les plus mythiques de ces dernières années que l'Opéra de Lille a eu la bonne idée d'afficher pour sa Constellation d'été : La flûte enchantée dans la mise en scène créée à la Komische Oper de Berlin en 2012, un spectacle qui a connu depuis plus de cinquante reprises dans presque autant de salles réparties sur cinq continents, mais que sa conception même rend impossible à filmer pour en faire un DVD.
Film d'animation
L'idée de départ est géniale, et sa réalisation est irrésistible : une transposition du dernier opéra de Mozart dans le cinéma muet des années 20, en insérant les personnages dans un film d'animation, dont les visuels empruntent aux silhouettes découpées de Lotte Reininger dans le Berlin de l'époque ou aux dessins de Tim Burton. Pamina ressemble à Louise Brooks et Papageno à Buster Keaton, Monostatos est le Nosferatu de Murnau, Sarastro et ses suivants de grand bourgeois à la noble barbe en frac et haut de forme, la Reine de la Nuit une implacable araignée, les trois dames trois petites bourgeoises de la république de Weimar (Mmes Cancans, Potins et Ragots) et le reste est à l'envi.
Dans le film d'une inventivité éblouissante réalisé par Suzanne Andrade et l'équipe anglaise du Studio 1927, on croise toutes sortes d'insectes, animaux, monstres et machines. Le metteur en scène Barrie Kosky y insère les chanteurs solistes, qui doivent plus d'une fois coordonner leurs mouvements avec ceux des images projetées sur un mur écran dont ils surgissent comme des cadeaux des cases d'un calendrier de l'avent. Empreinte de poésie et d'humour, la soirée est d'autant plus rythmée que la formule permet d'éliminer totalement les dialogues parlés : dans la grande tradition du muet, les textes apparaissent, en effet, ici, en forme écrite dans des cartouches ou phylactères insérés au milieu des images.
Dialogues écrits
Ces dialogues devenus écrits (et traduits, ici, en français, c'est précieux) bénéficient de leur propre accompagnement musical (des extraits de la fantaisie en ré mineur K. 397 jouée en direct sur un roboratif pianoforte) et, du coup , les airs, chœurs, ensembles et passages instrumentaux de l'opéra gagnent un relief particulier, d'autant que chacun bénéficie de sa propre mise en image.
La soirée est conduite de main de maître par Riccardo Bisatti, jeune chef italien millésimé 2000 qui dirige l'Orchestre National de Lille et les chœurs de l'Opéra avec un juste mélange de précision, d'autorité et d'élégance, mais aussi dans une perspective historiquement informée, et l'œuvre est servie par un plateau de jeunes voix excellentes : on retiendra particulièrement celles de Jarrett Ott (éblouissant Papageno), Regina Koncz (impeccable Reine de la Nit) et Adrien Mathonat, formidable basse qui incarne tour à tour l'Orateur et Sarastro.
→ Lille, Opéra, jusqu'au 26 mai ; www.opera-lille.fr