Le cirque Trottola, un carré d'as

Des ballots de chiffons, tombent du ciel, tels des agrès contemporains d'un cirque réinventé. Sur la piste, les artistes s'esquivent. Ou réceptionnent le colis, celui qu'on reçoit au début de la vie. Léger, d'abord. Puis, de plus en plus gros, de plus en plus encombrant. Et enfin, plus supportable. Question de technique, en somme. De technique de cirque, peut-être.

Laurence Bertels

Des ballots de chiffons, tombent du ciel, tels des agrès contemporains d'un cirque réinventé. Sur la piste, les artistes s'esquivent. Ou réceptionnent le colis, celui qu'on reçoit au début de la vie. Léger, d'abord. Puis, de plus en plus gros, de plus en plus encombrant. Et enfin, plus supportable. Question de technique, en somme. De technique de cirque, peut-être.

Comme promis, Trottola nous est revenu, avec un spectacle nommé "Volchok" comme la toupie, en russe cette fois, mais aussi comme le cochon de la troupe. Tous ceux qui avaient fait le détour jusqu'à Anvers ou Bruxelles pour les découvrir, iront, c'est certain, les retrouver à Marchin, là-haut, à perpète, aux portes du Condroz.

Au Bistrot Latitude 50, c'est déjà l'effervescence. A cinq euros le spaghetti et zéro euro la grenadine, on n'hésite pas, on mange sur place. En cuisine, on s'agite. Olivier Minet, patron d'un des quatre pôles de cirque du pays, est heureux. "On a environ 1300 réservations. On est presque complet. C'est formidable !".

Formidable et réjouissant car Trottola est un cirque authentique et fragile malgré l'immense talent de ses protagonistes. Parti à la conquête d'une lenteur et d'une maladresse dont il fait volontiers l'éloge, il n'hésite pas à inviter le spectateur à pénétrer son univers pas à pas. Sans jamais l'ennuyer. Pour preuve, les délicieuses réactions des enfants présents, devinant probablement que la voltige n'allait pas tarder à s'inviter. Car sans risque, sans apesanteur, le cirque, même théâtralisé, perd quelques attraits. Pas de souci à se faire. Trottola a bien relevé le défi. Le numéro de trapèze de Titoune et de son compagnon, Bonaventure Gascon, était à la hauteur des espérances. On entendait les mouches voler sous le nouveau chapiteau ovale de la compagnie. Entre autres moments suspendus car, sous un air décalé, les difficultés se sont multipliées.

Première évidence, la force dans tous les sens du terme, de Bonaventure Gascon, ce géant au coeur tendre, Gulliver du cirque, venu, avec sa longue barbe, cueillir en ses mains sa complice Titoune. Minuscule rouquine androgyne aux cheveux hirsutes, l'acrobate suisse se montre, elle aussi, irrésistible. Avec ses mimiques d'enfant et son doigt levé en l'air à la fin de ses exploits, elle existe dès qu'elle entre en piste. Chacun semble avoir trouvé son contraire et l'on rencontre rarement des couples aussi personnels et complémentaires.

Pas facile, dès lors, pour le Danois Mads Rosembeck, de trouver sa place. Et pourtant, le nouveau jongleur de la compagnie y arrive, tout en finesse, lui aussi. Il crée son personnage et s'octroie aisément la sympathie du public, joue parfois les trublions, s'impose sans jamais irriter. L'alchimie de ce trio recomposé fonctionne à merveille, transcendé par la présence, en hauteur ou à même la piste, de Pierre Weyser, pianiste, compositeur, percussionniste et accordéoniste. Entre autres... Bref, un carré d'as qui tourne rond. Du pur bonheur et de l'art brut.

Marchin, le 5 mars à 20h30, Latitude 50°, Place de Grand-Marchin. Possibilité de restauration et de covoiturage. Infos : 085. 41.37.18 ou www.latitude50.be.

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