Pas de trêve pour Yoann Blanc (ENTRETIEN)
- Publié le 24-02-2018 à 13h27
- Mis à jour le 25-02-2018 à 17h20

Le succès de "La Trêve" a dopé la carrière de cet acteur talentueux. On le retrouve en ce début d'année au théâtre, dans "Bug", et au cinéma, dans "Une part d'ombre". En attendant de le revoir au petit écran dans le rôle de l'inspecteur Yoann Peeters. Entretien.On vous retrouve cette année au théâtre, au cinéma et dans la deuxième saison de "La Trêve", qui sera diffusée l'automne prochain. Est-ce que votre travail de comédien diffère d'une discipline à l'autre ?
Ce sont des plaisirs très différents. Avec "La Trêve", j'ai eu la chance, rare en Belgique, de pouvoir jouer un personnage récurrent, puisqu'il apparaît dans tous les épisodes, mais qui évolue aussi. Cela offre une possibilité de développement hors norme. C'est un investissement différent de ce que j'ai pu faire auparavant. Mais c'est passionnant. Au théâtre, on vit plus l'alternance des univers, de pièce en pièce. Cette année, je vais par exemple enchaîner "Bug" de Tracy Letts, au Varia (lire ci-contre), avec une reprise de "La Musica deuxième" de Marguerite Duras [aux Doms, à Avignon, durant un mois, en juillet prochain, NdlR]. D'un côté une pièce contemporaine sur la paranoïa par un auteur américain, de l'autre l'exploration de la séparation d'un couple par une figure des lettres françaises. Au théâtre, il y aussi l'intensité de la représentation. J'adore jouer devant un public. C'est un rapport particulier. J'aime le travail sur le rythme du texte. J'aime emmener le spectateur d'un endroit à un autre. Sur scène, le comédien maîtrise plus la dramaturgie, alors qu'au cinéma ou dans une série, elle dépend du réalisateur, du montage.
Le rapport au texte est différent, aussi. Prime-t-il plus au théâtre ?
Je me pose toujours la question du rapport au public au théâtre. On ne peut pas faire quelque chose d'hermétique. On doit aller vers les spectateurs pour qu'ils viennent vers nous. Il faut avoir l'humilité d'amener le texte vers le spectateur. Le texte est l'élément central sur lequel tout le monde se met d'accord. C'est plus fondamental. Au cinéma, on peut se permettre d'être moins respectueux du scénario. le résultat reste sous la coupe du réalisateur. Le montage peut être une réécriture et les comédiens ne maîtrisent plus rien à ce moment-là. Ils peuvent même disparaître. Le rapport à la langue, au théâtre, est plus important. La déclamation est la part technique, que l'on essaie de faire oublier, mais qui fait partie d'un contrat tacite avec le spectateur. On est dans un cadre artificiel assumé, là où le cinéma cherche une forme de naturalisme, une illusion de réalité plus forte.
On va vous revoir au grand écran à partir du 7 mars dans "Une part d'ombre", de Samuel Tilman. Le titre concerne un petit peu tous les personnages. Le vôtre se dissocie de David, le personnage principal joué par Fabrizio Rongione, qui est accusé d'un crime.
Je pense que son amitié n'est pas très solide, si on mesure l'amitié au fait d'être là pour l'autre quand il a un problème. Il essaie de se protéger, de protéger sa famille plus que son ami. C'est le choix qu'il fait. Mais je ne sais pas si je pourrais le défendre. Je ne pense pas comme ça. Mais un autre personnage, Noël (joué par le chanteur Saule), à l'inverse, accepte tout jusqu'à l'excès. Il est dans le déni. Dans son attitude, David est destructeur. Il agit un peu par fierté ou égoïsme. Les choses sont nuancées. C'est l'intérêt de ce film, qui se préoccupe moins de l'enquête que de son impact sur un groupe d'amis.
Sur un tel film, le travail est purement technique ?
Ici, il s'agit beaucoup de scènes de groupe. On a travaillé cette énergie. Je ne connaissais personne, à part Erika [Sainte], même pas Sam [Samuel Tilman, le réalisateur]. Tout le travail a été de créer l'alchimie de cette bande d'amis. Et, alors que nous interprétions sa dislocation, nous avons resserré nos propres liens.
Vous l'avez dit : "La Trêve" offre l'opportunité de développer un personnage sur la durée. Avez-vous votre mot à dire sur la personnalité de Yoann Peeters ?
C'est particulier parce que j'avais déjà joué au cinéma dans le film de Matthieu Donck "Torpedo". Lui, Stéphane Bergmans, et Benjamin d'Aoust ont écrit la première saison en pensant à moi. Il y a eu dès le début une forme d'assimilation. Désormais, c'est un échange dans la mesure où on travaille sur la longueur. Je me permets de faire des propositions, des suggestions, mais ce sont eux qui décident au final.
L'impact de la série a un effet un peu pervers. Le grand public vous a découvert, votre nom devient un élément rassurant pour les producteurs d'un film. Mais votre carrière au théâtre était déjà importante et reconnue dans le milieu. C'était ironique de vous voir attribuer un Magritte du Meilleur Espoir l'année dernière, pour "Un homme à la mer", alors que vous avez vingt ans de carrière.
Ça aurait pu être pire. On aurait pu m'attribuer le Magritte du "jeune" espoir ! [Il a 42 ans, NdlR] Mais je ne dirais pas que c'est pervers. C'est un fait qu'il y a un impact. J'ai même découvert que les gens de théâtre regardent des séries ! Une partie des spectateurs a découvert que le théâtre n'est pas qu'un truc pratiqué dans une cave par des gens obscurs. Tout d'un coup, je vois des équipes de JT débouler à la première d'une pièce, alors qu'on ne les voyait jamais avant. Je vois le côté positif. Si le théâtre est mieux exposé grâce aux séries ou au cinéma, tant mieux. Et cela n'a rien à voir avec moi. C'est plus large.