Avec "La question du devoir", le théâtre philo fait un tabac à Huy
- Publié le 21-08-2018 à 17h34
- Mis à jour le 21-08-2018 à 17h37

Aux Rencontres de Huy, le théâtre brut, en classe, sans décor ni éclairage, vit de beaux jours.Un prof de français qui commence son cours le plus normalement du monde. Puis, soudain, trois coups à la porte, l'arrivée inopinée de deux personnes venues donner, à la grande surprise du professeur, atelier pochoir.
Non, elle n'a pas reçu le mail, n'est au courant de rien, mais, qu'à cela ne tienne, elle cède la place et aide à bouger les bancs.
Le théâtre intervention, également appelé théâtre invisible, connaît un regain d'intérêt.
Avec "La question du devoir", les Zygomars soufflent un vent régénérant sur les Rencontres et retiennent l'attention pendant toute la durée du débat philosophique improvisé.
L'idée a germé au sein de la compagnie, au lendemain des attentats de "Charlie Hebdo" et de l'Hyper Cacher, en janvier 2015. Secoués par les événements, les artistes ont ressenti la nécessité d'en parler. Mais pas trop vite. L'urgence était à la réflexion. Sage décision qui mènera au scénario d'une détenue en réinsertion, la comédienne Yannick Duret, subtilement agressive, sous la houlette du placide et philosophe Gilles Abel, très crédible dans son rôle d'assistant social.
L'atelier pochoir devient très vite débat philosophique. Les questions, les réflexions fusent et le spectacle a déjà été joué avec succès quarante-cinq fois dans les écoles.
"On a toujours observé le même ratio entre ceux qui marchent et ceux qui ont deviné le subterfuge depuis le début nous dit Gilles Abel. Le débat démarre sans problème. Pour quoi, pour qui s'engage-t-on ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Le sentiment d'impuissance quant aux difficultés à changer l'école est une thématique récurrente. Celui d'être, à 15, 16 ou 17 ans, encore pris pour un gamin, aussi. Beaucoup de jeunes voudraient changer le règlement par rapport à la tenue vestimentaire, au voile, au jean troué, au sweat à capuche… Comment agir ? Via une pétition, une grève, une manifestation ? On leur renvoie l'idée qu'ils peuvent réfléchir et être intelligents, que le fait de ne pas avoir de réponse oblige à creuser plus loin. On a pu constater, par ailleurs, que le théâtre invisible fonctionne bien, que beaucoup d'artistes du jeune public ont envie de revenir sur le terrain et on a pu faire craquer un peu les coutures de l'école."

Maupassant en classe
Le théâtre brut, en classe, à la lumière du jour, sans décor, avec des bancs d'école pour gradins, semble bel et bien revenir au goût du jour et trouve toute sa place, ici, aux Rencontres théâtre jeune public qui dévoilent les créations appelées à tourner dans les théâtres, les centres culturels et… les écoles.
L'occasion aussi de revenir au texte, celui qui, parfois, fait défaut dans un secteur, le jeune public, qui se base souvent sur des créations collectives. L'on savoure donc, assis au premier rang, entre une ribambelle d'enfants d'environ dix ans suspendus aux lèvres des comédiennes, ce "Maupassant à table", venu raconter "Pierrot" et "La Parure", deux satires sociales qui parlent du pouvoir destructeur de l'argent.
Au tableau noir, une grande photo du fils spirituel de Flaubert. Avec leur t-shirt blanc à son effigie, Charlotte Deschamps et Andréa Bardos, également à l'adaptation et à la mise en scène, évoquent d'abord les moeurs de l'écrivain avant de passer à table, c'est-à-dire au théâtre d'objet. Certes, le jeu des comédiennes se révèle plutôt académique, et la manipulation des objets gagnerait à plus d'inventivité mais les histoires captivent et on viendrait volontiers en écouter d'autres le lendemain, à la même heure et au même endroit.Laurence Bertels
