La comédie musicale légendaire "Cats" débarque à Bruxelles
- Publié le 26-02-2019 à 14h26

La comédie musicale d'Andrew Lloyd Webber fait escale au Heysel du 19 au 24 mars.C'est la première fois que ce spectacle mythique est joué à Bruxelles. Dans une production en anglais en provenance directe de Londres.
En décembre et janvier derniers, Cats avait posé, pour trois semaines, son immense décor au Rai d'Amsterdam. En faisant quelques pas sur la scène, on découvrait une décharge gigantesque (à échelle de chats), où s'entassent un vieux four, des paquets de Toblerone ou de Coco Pops, des canettes de Coca ou des bouteilles de Stella Artois… Sur une carlingue de voiture, la plaque d'immatriculation indique : "NAP13R" . Un clin d'oeil à John Napier, le créateur de ce décor mythique… C'est au milieu de ces détritus, que se tiendra, ce soir-là, le Jellicle Ball, ballet fantastique lors duquel sera élu le chat qui pourra accéder à une nouvelle vie…
Depuis la création de ce classique de la comédie musicale au New London Theater en 1981 avec Elaine Paige dans le rôle de Grizabella - qui avait dû remplacer au pied levé Judi Dench, qui s'était déchiré le tendon d'Achille durant les répétitions de ce spectacle très physique -, le décor n'a d'ailleurs presque pas changé. Pas plus que la chorégraphie de Gillian Lynne et, bien sûr, la partition et les textes d'Andrew Llyod Webber, inspirés du recueil de poèmes pour enfants Old Possum's Book of Practical Cats, de l'Américain T.S. Eliot.
Un succès international
Et depuis près de 40 ans, le succès ne se dément pas, avec un total cumulé de plus de 81 millions de spectateurs. En ce moment, hormis cette production londonienne qui fera escale à Bruxelles du 19 au 24 mars prochains, Cats est à l'affiche à New York, Budapest, au Japon et même à bord d'un paquebot de la compagnie Royal Caribbean. "On peut dire que Cats se joue tous les jours quelque part sur Terre", nous explique à Amsterdam le metteur en scène de la tournée, le jeune Dane Quixhall, chargé d'enseigner le spectacle aux nouveaux comédiens-danseurs, de l'adapter aux différentes salles où ils jouent (notamment pour les très belles incursions des chats dans le public).
Si Webber avait dû hypothéquer sa maison pour produire Cats, il est devenu depuis, grâce à ses nombreux succès (The Phantom of the Opera, Evita ou encore Jesus Christ Superstar, c'est lui aussi), l'une des plus grosses fortunes britanniques, avec un patrimoine estimé à… 1,2 milliard de livres. Soit près de deux fois plus que Paul McCartney !
Les yeux les plus chers du monde
Par son succès immédiat dans le West End puis à Broadway, on dit souvent, en exagérant, que Cats a sauvé la comédie musicale, genre théâtral alors déclinant. C'est en tout cas la première comédie musicale à avoir dépassé les frontières du monde anglo-saxon, attirant des hordes de touristes non anglophones à Londres et New York. La raison de ce triomphe ? Un marketing irrésistible. À commencer par une affiche au logo iconique : deux yeux jaunes sur fond noir, dont les pupilles sont composées d'un couple de danseurs. "Ce sont les yeux les plus chers du monde", s'exclame Frank van Paridon, producteur amstellodamois du spectacle aux côtés de l'Anversoise Veerle Hoppenbrouwers, pour cette tournée aux Pays-Bas et en Belgique de la production londonienne.
Déjà derrière de grandes expos comme "Dino Adventure" à la gare d'Anvers en 2014, ces deux anciens du Cirque du Soleil Europe, qui produisent Cats pour la troisième fois (mais la première fois en anglais) se frottent les mains. Après avoir vendu 100 000 tickets à Amsterdam (soit un taux de remplissage exceptionnel de 95 % pour les 48 représentations), ils ont déjà écoulé plus de 15 000 billets en prévente pour l'escale bruxelloise ! À l'issue de laquelle le décor sera remballé et expédié, dans un train spécialement affrété pour l'occasion (un moyen de transport plus cher, mais plus fiable, que le paquebot), vers la Chine, où le spectacle tournera pendant neuf mois.
Les raisons du succès
Si le spectacle connaît autant de succès, c'est grâce à la qualité de la production, avec 25 danseurs et chanteurs sur scène, qui offrent quelques très beaux moments, comme l'impressionnant numéro du magicien Mr. Mistoffelees, le fameux ballet Jellicle Ball (neuf minutes de danse sans chanson) mais aussi, évidemment, un tube (ou plutôt une scie…) : "Memory", la chanson de la chatte Grizabella, popularisée par Barbra Streisand.
Travaillant dans le milieu de la comédie musicale depuis 2010, notamment sur Sister Act, La Belle et la Bête et Le Bal des vampires au Théâtre Mogador à Paris, le Français Mathieu Serradel est le directeur musical de Cats (dont il a également dirigé une version parisienne en français en 2015). Tous les soirs, ce pianiste formé au conservatoire de Toulouse est à la tête d'un orchestre de huit musiciens. Il loue le grand talent de mélodiste d'Andrew Llyod Webber, qui explique selon lui le succès intemporel de Cats. "C'est un spectacle très intéressant musicalement, car il y a énormément de genres musicaux différents, avec des leitmotivs pour les différents chats qui reviennent au cours de la soirée. On a du funk, de la pop et du rock dans 'The Rum Tum Tugger' , un peu de jazz dans 'The Old Gumbie Cat' , le morceau de claquettes. Il y a des airs anglais pour Bustopher Jones, le chat aristocrate ou des moments plus doux et classiques, quand le Vieux Deutéronome vient sur scène. Tandis que 'Macavity' est une sorte de blues un peu sale, pour ce chat dangereux et sexy."
Et même si les critiques n'ont jamais été très élogieuses avec Cats, déplorant notamment un livret très lâche, le succès est toujours au rendez-vous partout où passe le spectacle. Il n'y a donc pas de raisons que Bruxelles échappe à la règle…
Chorégraphie: devenir un chat sur scène
Si Cats cartonne depuis près de quatre décennies, c'est que, adultes comme enfants, tout le monde y trouve son compte. Point ici de réelle histoire, mais une succession de numéros sautillants dans un univers magique. Et comme le dit le producteur Frank van Paridon : "Au bout d'un moment, on oublie que ce sont des danseurs, on ne voit plus que des chats sur scène." Ce n'est pas tout à fait faux. Une grande partie du plaisir durant le spectacle, c'est en effet de regarder les comédiens prendre des pauses félines, se lécher les pattes, se rouler sur le dos ou se lancer dans un concours d'entrechats…
"Ce qui fait le succès de Cats, ce sont les détails : le maquillage, les perruques, les costumes, le décor, la chorégraphie… Sans cela, ce serait juste des adultes un peu ridicules qui sautillent sur scène habillés en chats. Les enfants n'écouteront peut-être pas les paroles des chansons, mais ils regarderont les chats…", estime le metteur en scène Dane Quixhall. Ce spectacle, il le connaît par cœur. Lui-même swing (doublure en cas de blessure ou de maladie de l'un des comédiens) depuis plus de huit ans, il adore se glisser dans la peau d'un de ces Jellicle Cats (mot étrange qui vient de la jeune nièce de T.S. Elliot, incapable de dire dear little cats)…. "Pour moi, c'est vraiment un exutoire. Chaque fois que je monte sur scène, je ne suis plus Dane, j'oublie tout. Je me demande juste comment je peux être le meilleur chat possible. Il m'arrive de regarder des vidéos YouTube, pas seulement de chats, mais aussi de lions, pour voir la façon dont ils se déplacent, les mouvements de leurs yeux, leur sensualité. Tout cela fait partie de la mise en scène et de la chorégraphie. Il faut vraiment utiliser tout son corps pour devenir un chat sur scène…"
Spectacle visuel : une liberté très encadrée
Depuis 1981, Cats n'a guère changé. Le fils d'Andrew Lloyd Webber a bien essayé d'intégrer un morceau de rap dans la deuxième partie du spectacle, mais il a vite été retiré… Pas facile pour un artiste, dans un cadre aussi strict, de pouvoir s'exprimer. "Ce qui me passionne dans cette comédie musicale, même si je l'ai dirigée plus de 300 fois et même si le cadre est très établi et la musique très cadrée, c'est que, malgré tout, cela reste des chats sur scène. Il y a toujours beaucoup d'imprévisibilité ; c'est ça qui est magique pour le public. Et pour nous, les musiciens, comme tout est en live , on peut jouer sur les changements de dynamique. Si on sent que le public est un peu endormi, on pousse un peu le tempo pour le réveiller. Si, un soir, les gens sont très excités, on accentue le côté calme…", explique le directeur musical Mathieu Serradel.
En même temps qu'il dirige son orchestre, le chef observe attentivement les danseurs, pour coller au plus près à leurs mouvements. "Quand on les voit sauter, cela correspond à un temps dans la musique. ♫Évidemment, ils ne peuvent pas faire le même saut tous les soirs, la musique change donc légèrement…", explique le jeune musicien.
En pratique
Quand : la comédie musicale Cats débarque à Bruxelles du 19 au 24 mars en V.O. anglaise surtitrée en français et en néerlandais. Dans une mise en scène londonienne en tournée en Europe et en Asie.
Où : au "Palais 12" de Brussels Expo, transformé en théâtre pour l'occasion. Avenue de Miramar, 1020 Bruxelles.
Rens. : www.catsmusical.be.
Tickets : de 24,95 à 79,95 €, en vente sur www.ticketmaster.be.