Portraits sans paysages, le business autour de l'humanitaire
Portraits sans paysages du Nimis Groupe fait partager le drame caché des migrants enfermés.

- Publié le 21-05-2022 à 08h19
- Mis à jour le 21-05-2022 à 08h21

Nous avons présenté dans le supplément culturel de La Libre, la nouvelle pièce du Nimis Groupe, menée par Anne-Sophie Sterck. Portraits sans paysage mêle la dénonciation, les informations et une sorte d'humour pour raconter "l'accueil des migrants", c'est-à-dire bien souvent leur enfermement dans des camps successifs où ils sont parqués à ne rien faire d'autre que d'attendre des mois dans des conditions inhumaines. Dès le début du spectacle, on entend la phrase: "On est pris en étau entre l'envie de pleurer et celle de jeter des bombes."
Il n'était pas évident de parler de ce drame planétaire : 26 millions de personnes vivent dans des camps de réfugiés dans le monde.
Le public peut se diviser entre ceux qui sont déjà conscientisés au départ (comme ceux qui ont accueilli des réfugiés du parc Maximilien) et ceux qui ne veulent plus entendre parler d'un sujet "insoluble". Le spectacle réussit à toucher cependant un maximum de gens en créant une communauté d'émotions entre ceux sur scène (8 très bons interprètes) et le public.
La pièce commence par une chanson douce mais pour raconter l'enfermement. Les acteurs ont toutes les couleurs de peau, professionnels et amateurs ex-migrants mêlés, mixant le fruit de longues enquêtes à leurs expériences personnelles. Ils viennent volontiers s'asseoir au milieu des spectateurs.
Lesbos
Anne-Sophie Sterck décrit une visite au camp de Lesbos, qui ressemble à ces élevages industriels où les animaux sont parqués l'un contre l'autre à ne rien pouvoir faire d'autre qu'attendre. Un acteur raconte une visite au centre fermé de Bruges, une autre comment elle n'a pas pu reprendre son ours en peluche, son seul confident.
Le spectacle creuse le sujet jusqu'aux inégalités planétaires à la base de bien des flux migratoires. S'intéressant spécialement à tous ces camps de passage, de filtrage, ces hot spots financés par nous pour que ces migrants s'arrêtent en route.
Avec humour et sarcasme, le Nimis Groupe dénonce l'ambiguïté du HCR (haut commissariat aux réfugiés), qualifié de sparadrap pour invisibiliser la situation. Beaucoup découvriront dans ce spectacle, qu'il y a là un business possible. Il évoque un salon de l'humanitaire où de grands groupes viennent vendre leurs produits, y compris de surveillance ultra technologique : Ikea, le groupe Bolloré, Nestlé, Irisgard…
Le spectacle très militant rappelle que ces migrants n'ont commis aucun autre délit que fuir leurs conditions de vie et que des gens qui les aident risquent parfois la prison.
Une expo de photos et des débats ont lieu en parallèle.
Portraits sans paysage, Théâtre National, Bruxelles, jusqu'au 28 mai