Au TTO, trois potes se sont lancés dans un business un peu chelou
Le Théâtre de la Toison d'Or ouvrira ce 11 septembre sa saison avec "Les chroniques du charbon", une comédie de banlieue adaptée de la série éponyme. Rencontre avec une joyeuse bande, qui manie aussi bien l'humour que l'argot.

- Publié le 06-09-2024 à 17h19

Déniché dans un vide-grenier bruxellois, il trône désormais au centre du plateau de la grande salle du TTO. Avec son cuir vert craquelé, ses assises enfoncées et son dossier affaissé, il avait le profil parfait pour devenir "le" canapé des Chroniques du charbon, une comédie de banlieue à découvrir dès ce 11 septembre. "On est allé le chercher avec la voiture. On n'avait pas de location Sixt de 35m3, donc il dépassait du coffre. On a fait toute la route comme ça. La galère ! La vérité !", se souvient en riant Baba Nezar, stand-upper, acteur et co-auteur de la pièce.
À l'image de la série The Wire, ce divan est le QG de trois potes d'une cité : Mizoo (Dylhan Fat), Le Roux (Igor PRG) et Beno (Blaise Afonso). "Le canapé est synonyme d'hyper-adaptabilité, explique Baba Nezar, qui a grandi à Frameries, dans la région du Borinage. On habite dans un quartier et il y a tout, en bas de chez soi. On ne ressent pas nécessairement le besoin de quitter ses murs et, à un moment donné, on a envie d'être confortable. Donc, on sort les chaises pliantes, etc. Puis, un jour, on trouve un canapé aux encombrants et c'est très pratique pour s'asseoir en bas de chez soi. Alors, on s'y installe quand il fait bon, pas quand il pleut". Il poursuit : "Moi, j'ai vécu ça toute ma vie : sortir le canapé en bas du bloc l'été. Plus il fait beau tôt et plus on le sort tôt".

Et à quoi passent-ils leurs journées ces trois potes ? À première vue, on pourrait croire qu'ils se tournent les pouces, mais, en réalité, ils "charbonnent". Traduction de l'argot : ils se sont lancés dans un business pas très légal, un peu "chelou", puisqu'ils vendent du cannabis, sous l'œil affûté du gérant (Baba Nezar), qui tient les comptes. La raison ? Mourade, le grand frère de Mizoo, le caïd de la cité, a été envoyé en prison, à la suite d'une descente de police. Dans la panique, Mizoo a perdu un sac contenant de l'argent que lui avait donné son frère. Résultat : Mizoo doit payer sa dette en charbonnant. Mais il nourrit d'autres rêves : devenir stand-upper et… fermier bio. En attendant, il faut faire tourner les affaires, mais c'était sans compter sur la concurrence : dans le quartier voisin, trois filles, dont Safia (Aline Parmentier), charbonnent elles aussi. Mais en mieux…
Des écrans aux planches de théâtre
Si ce synopsis vous dit quelque chose, c'est peut-être que vous avez déjà vu, sur Auvio ou Tipik, un ou des épisode(s) de la saison 1 des Chroniques du charbon, soit 25 capsules de 3 minutes, écrites par Baba Nezar et réalisées par Benjamin Viré. La saison 2, pour laquelle Baba Nezar s'est adjoint la plume d'Igor PRG, devrait bientôt débarquer sur les écrans. Et c'est, justement, à ce même duo que l'on doit l'adaptation théâtrale de la série.
"Nathalie Uffner (directrice artistique du TTO, NdlR) a cru en nous et nous a demandé, j'insiste, une adaptation de la série pour le théâtre, et pas une nouvelle histoire, reprend Baba Nezar. C'est là que réside le challenge pour nous : il y a des caractéristiques inévitables de la série, son univers, son humour, ses personnages que nous gardons, mais on n'a plus autant d'acteurs que dans la série, et on n'a plus le montage ni la post-production. On est dans du spectacle vivant, donc on doit trouver des parades, des liens connexes… pour présenter Les chroniques dans une histoire continue de plus d'une heure au théâtre". Igor PRG appuie : "C'est vrai qu'on n'a plus le montage, qui était un fameux enjeu, mais on a découvert de nouveaux outils, avec le son, les lumières…"
Cette pièce on l'a écrite pour nous et pour se faire kiffer.
Apparue dans un épisode de la série, l'actrice et comédienne Bwanga Pilipili s'est vu confier la mise en scène de cette version sur les planches. "Le défi était de garder l'authenticité, l'essence de la série et de l'adapter au théâtre", expose-t-elle. "Cette pièce, complète Baba Nezar, on l'a écrite pour nous et pour se faire kiffer". "On a écrit sans se mettre de limites, en se fixant même des défis qui paraissent impossibles, ajoute Igor PRG. Puis, Bwanga a vu le tableau et elle a posé le cadre". La metteuse en scène confirme : "Ils sont arrivés avec cette énergie hyper-positive, cet appétit et on est parti du principe que c'était possible, car, au théâtre, tout est une question de perspectives".
Le travail, un thème universel
Si la pièce se déroule au bas d'un HLM, elle traverse des thèmes universels : l'amitié, la solidarité, l'amour… et le travail. "On parle de ce qu'on connaît, de ce qui nous touche, relève Baba Nezar. Et si ça parle un peu street, avec des wesh, ça fonctionnera pareil, car la série aborde un thème que tout le monde connaît : les problèmes que l'on peut rencontrer dans un boulot et, plus précisément, le fait d'être bloqué dans une situation [d'emploi] qui ne nous convient pas". Le tout raconté avec humour, "mais jamais pour se moquer", insiste-t-il. "On a tous des Mizoo, Le Roux et Beno dans notre quotidien ou nos souvenirs d'enfance. Ce sont des personnages, mais ils sont universels. La sincérité a une part prépondérante : on ne veut pas rire des gens, mais avec eux."
→ Bruxelles, TTO, du 11 septembre au 5 octobre. Infos et rés. au 02.511.08.50 ou sur www.ttotheatre.be