"Puissances seules", le festival qui donne corps et voix à six solos féminins
Du 13 au 29 mars, Les Brigittines présentent la première édition du temps fort "Puissances seules", soit six solos chorégraphiques féminins. Dont "Descendre", créé par la danseuse et chorégraphe Éléonore Valère-Lachky.

- Publié le 24-02-2025 à 16h57
- Mis à jour le 25-02-2025 à 21h04

Pendant trois semaines, du 13 au 29 mars, Les Brigittines donnent carte blanche à la création au féminin, à l'occasion du nouveau temps fort Puissances seules. Une première édition qui a été pensée et programmée par l'ancien directeur général et artistique des Brigittines Patrick Bonté, lequel vient de céder le flambeau à son successeur, Charles Vairet. Chaque fin de semaine, les jeudi, vendredi et samedi, à raison de deux spectacles par soir, seront présentés six solos chorégraphiques féminins : Descendre d'Éléonore Valère-Lachky, So ? ! What d'Ariadna Gironès Mata, exUtero de Shantala Pèpe, 3 jours, 3 nuits de Louise Vanneste, When you're alone in your forest always remember you're not alone de Vilma Pitrinaite et Chair vive d'Elsa Tagawa.
Le sentiment océanique
Texte à l'origine, Descendre est également devenu une pièce chorégraphique pour une danseuse, Violette Wanty, accompagnée de la voix off d'Héloïse Jadoul. "L'enjeu de la démarche était de réussir à fabriquer un tout homogène, explique l'autrice et chorégraphe Éléonore Valère-Lachky, avec une histoire (donc, une voix), de la musique et du mouvement". Cette histoire, c'est celle d'une femme, debout devant la mer, bouleversée par ses mouvements de va-et-vient. Osera-t-elle sauter ? Oublier ses mers intérieures ? "Le sujet de ma pièce, c'est le sentiment océanique, soit le sentiment d'une union indissoluble avec le grand tout, d'appartenance à l'universel, décrit Éléonore Valère-Lachky. Cette formule a été développée par Romain Rolland, Prix Nobel de Littérature en 1915".
Il y a des scènes d'amour, des scènes de sexe même, et je suis très contente de les avoir créées en étant débarrassée du male gaze.
En parallèle, elle s'est aussi intéressée à l'influence du liquide céphalo-rachidien, dont le mouvement dans le corps humain peut être assimilé à celui des marées. "C'est très beau de voir que tout vient de l'océan primordial. Ce liquide céphalo-rachidien, c'est un peu cette part d'océan qu'on a emportée avec nous lorsqu'on est sorti des eaux." Plus concrètement, "j'ai choisi d'explorer le sentiment océanique par le prisme d'une relation amoureuse entre un homme et une femme". "Cette histoire résonne beaucoup avec le mythe d'Ulysse et des sirènes, poursuit-elle. Cette femme qui est devant la mer, elle est devant un homme, un homme qui est une sirène, en fait. Donc, c'est une femme face à son désir, qui se questionne sur cette relation et jusqu'où elle peut aller trop loin".
"Un geste politique fort"
Alors que Puissances seules sera lancé dans la foulée de la Journée internationale des Droits des femmes, "je suis très contente de pouvoir parler du plaisir et du désir du point de vue féminin dans mon spectacle, se félicite Éléonore Valère-Lachky. Il y a des scènes d'amour, des scènes de sexe même, et je suis très contente de les avoir créées en étant débarrassée du male gaze (regard masculin qui transforme les femmes en objet sexuel, NdlR)". Elle poursuit : "Grâce au mouvement #MeToo, on laisse, aujourd'hui, de l'espace à la voix et à la sensibilité du féminin. Et, c'est évident qu'il y a du féminin chez les hommes et chez les femmes, car le féminin et le masculin sont deux énergies qui nous traversent toutes et tous". "Mais, ajoute-t-elle, peut-être qu'il faut passer aujourd'hui par des festivals 100 % féminins parce que nous sommes à un endroit de notre histoire où il est important de le faire pour rétablir une sorte d'équilibre et que cela devienne, plus tard, fluide entre toutes ces énergies". "Donc, estime-t-elle encore, c'est un geste politique fort que des lieux culturels décident de donner la parole aux femmes".
→"Puissances seules" aux Brigittines, du 13 au 29 mars, dont le solo "Descendre", du 13 au 15 mars, à 19h. Infos et rés. au 02.213.86.10 ou sur www.brigittines.be
