"Pour la première fois, le Théâtre du Parc propose un spectacle qui pourrait faire peur"
Thierry Debroux adapte le célèbre roman de Gaston Leroux, "Le Fantôme de l'Opéra". Daphné D'Heur en signe la mise en scène. Mais également la création musicale aux côtés de son fils, Dario Delbushaye.

- Publié le 05-11-2025 à 18h19
- Mis à jour le 05-11-2025 à 18h23

D'entrée de jeu, Daphné D'Heur a précisé : oui, elle est "très excitée" de mettre en scène Le Fantôme de l'Opéra d'après le roman de Gaston Leroux (adapté par Thierry Debroux, directeur du Théâtre royal du Parc) et, non, elle ne montera pas cette version sous la forme d'une comédie musicale (créé en 1986 à Londres, le musical The Phanthom of the Opera fit de cette histoire d'amour impossible un succès mondial), mais bien comme une création théâtrale, avec quelques morceaux chantés et numéros dansés (à découvrir dès ce 6 novembre).
L'intrigue du Fantôme de l'Opéra se déroule dans une éminente institution, l'Opéra de Paris, haut lieu de la danse classique. "Dans son texte, Thierry Debroux nomme les danseuses de l'Opéra les 'Petits rats', donc ce sont des jeunes filles qui ont moins de 20 ans", relève Daphné d'Heur. Pour rendre cette ambiance d'école de ballet prestigieuse, elle a frappé à la porte de Choréart, centre de danse à Bruxelles dirigé depuis près de 40 ans par Colette Coenraets. Particularité de cette école, elle propose une section "formation professionnelle" à destination d'élèves de 12 à 18 ans qui souhaiteraient embrasser une carrière dans la danse ou, à tout le moins, acquérir un excellent niveau.
"Faire danser au Théâtre du Parc huit de mes élèves de la section professionnelle, c'est le tout grand bonheur."
"Quand Daphné m'a proposé ce projet, j'étais ravie, confie, tout sourire, Colette Coenraets. Non seulement, j'allais chorégraphier les parties dansées du spectacle mais j'allais remonter sur scène en interprétant le rôle du professeur de danse". Surtout, "faire danser au Théâtre du Parc huit de mes élèves de la section professionnelle, c'est le tout grand bonheur", s'enthousiasme-t-elle. "Pouvoir leur proposer une telle expérience les fait grandir très fort, les motive et les met en contact avec la réalité du métier d'artiste", car ces huit jeunes danseuses (elles sont âgées de 13 à 17 ans) seront sur scène un soir sur deux (il y a deux équipes de quatre danseuses en alternance) pendant près de cinq semaines.
Pour créer les chorégraphies, "je me suis sentie assez libre, mais j'ai quand même posé beaucoup de questions à Daphné, reprend Colette Coenraets, parce que je tenais à répondre à ses attentes". Le Fantôme de l'Opéra a été adapté à de multiples reprises et "je n'avais pas envie de faire ce qui a déjà été fait", assure la chorégraphe. "Donc, je suis partie du texte, des intentions que Daphné m'a communiquées et des musiques que l'on m'a proposées. Pour moi, la musique est une vraie source d'inspiration."
Avoir "plusieurs compétences"
Investie de la mise en scène, Daphné D'Heur s'est également vu confier la création musicale du Fantôme de l'Opéra. "Je fais régulièrement des créations musicales pour des spectacles, mais, alors, je ne les mets pas en scène, explique-t-elle. J'essaie d'éviter de démultiplier les casquettes au sein d'une même production". La tâche pour Le Fantôme de l'Opéra s'annonçait donc fort lourde.
Daphné d'Heur pense à un premier partenaire potentiel, mais il n'est pas disponible. "C'est une composition dont je savais qu'elle allait demander plusieurs compétences : faire du sound design, connaître la danse, avoir une capacité à composer de la musique dans des styles très différents, écrire de la mélodie pour des vocalistes, écrire des (ré) arrangements de classiques de l'opéra…"
"C'est un très bon musicien. Il a une très grande connaissance de l'écriture musicale, malgré son jeune âge."
Un nom s'impose alors à elle : Dario Delbushaye, son fils de 18 ans. "C'est un très bon musicien. Il a une très grande connaissance de l'écriture musicale, malgré son jeune âge", décrit-elle, sans compter que, se destinant à une carrière dans la comédie musicale, il suit également les classes de danse pro chez Choréart ainsi que des cours de claquettes.
Créer l'inconfort chez le spectateur
"En concertation avec Thierry Debroux, l'ambition est de proposer, peut-être pour la première fois au Théâtre du Parc, un spectacle qui pourrait faire peur", avance Daphné D'Heur. Donc, "il a été décidé qu'il y aurait de la musique en permanence pendant le spectacle, car la vibration du son peut participer à mettre le spectateur dans une position étrange, inconfortable".
La composition musicale s'est donc articulée autour de deux axes : d'une part, une dimension de sound design, qui "sera comme une vibration permanente", résume Daphné D'Heur ; d'autre part, à l'intérieur de cet habillage sonore, il y aura des numéros chantés et dansés. "Il faut compter entre 10 et 15 numéros de cet ordre-là, qui sont pris à 80 % en charge par Dario", précise la metteuse en scène et compositrice. Et de détailler : "Je me suis plutôt occupée de l'orchestration et la réorchestration de classiques lyriques (Purcell, Gounod, Delibes…) tandis que Dario a composé la quasi totalité des musiques de soutien à la danse ainsi que les extraits d'opéra composés par le Fantôme". Une mission de titan, mais qui a aussi été "un travail passionnant d'analyse et de dramaturgie de la musique", se réjouissent Daphné D'Heur et Dario Delbushaye.
→ Bruxelles, Théâtre royal du Parc, du 6 novembre au 6 décembre, à partir de 8 ans. Infos et rés. au 02.505.30.30 ou sur www.theatreduparc.be