"Se réunir dans le noir pour regarder quelqu’un qui fait semblant d’être quelqu’un d’autre dans des endroits qui n’existent pas, c’est gênant”, compatit l’acteur face au public. L’acteur ou le personnage, d’ailleurs, qui se jouera à répétition de ce quatrième mur tantôt présent, tantôt brièvement aboli.

Entre ses considérations sur le théâtre en particulier et la communication en général, il plante le décor : trois petits lacs de montagne, non loin de Grenoble, quelque part dans le cosmos.

Lui, c’est Jean-Jean, artiste aux “initiatives embarrassantes”, selon son assistant personnel Pedro, caillou sur pattes. Dans cette histoire aux linéarités distendues et riche en digressions, on croisera aussi la randonneuse Gioia, lieutenante réserviste, sculptrice de profession et en délicatesse avec les chiffres, ainsi que Grégoire, ingénieur éjecté par son employeur et habitant suicidaire du fond d’une impasse grenobloise.

Une plume et une présence

Acteur et auteur, Jean Le Peltier conjugue plume et présence, injectant du jeu, de la naïveté et du savoir dans tous les interstices de la scène. Depuis Vieil, créé en 2014 déjà à l’Atelier 210, l’artiste (né à Fontainebleau en 1985, à la formation variée, de l’Université de Rennes aux Ballets C. de la B.) détourne les univers naïfs de l’enfance, note son complice dramaturgique Vincent Lécuyer, “pour poser des questions essentielles, existentielles, scientifiques, philosophiques… Nous sommes comme assis au coin du feu et celui qui prend la parole est un curieux de tout obsessionnel, amoureux de la vie, énervé en quête de réponses et d’absolu”.

Nous voici ainsi face à un champion de la digression farcie de métaphores : de l’astronomie à l’urbanisme, de l’histoire aux techniques managériales. 

Zoo à l'Atelier 210
Jean-Jean (Jean Le Peltier), Gioia (Marion Menan) et leur campement de fortune. © Pierre Ghyssens

Avec la complicité sur scène de Marion Menan, Jean Le Peltier aborde par la bande, dans Zoo, l’intelligence artificielle, le raisonnement humain et les failles de ces deux pôles. L’imperceptible et essentielle oscillation du tout – baigné d’humour – entre poésie, absurde et tragédie, fait le sel de cette vertigineuse et virtuelle randonnée qui nous entraîne de la galaxie au 4e étage de la maison mère d’une entreprise pas plus humaine que les autres, en passant par un bivouac improvisé dans la montagne.

  • Bruxelles, Atelier 210, jusqu’au 26 septembre, à 20h30. Durée: 1h30 env. De 8 à 16 €. Infos & rés. : 02.732.25.98 – www.atelier210.be