Edito: en finir avec la déprime
De très nombreux Belges ont le sentiment que leur pays n'a pas été géré en bon père de famille. Il manque un grand projet commun. Un édito de Francis Van de Woestyne.
- Publié le 19-05-2016 à 06h33
- Mis à jour le 19-05-2016 à 06h40

Il y a, ces temps-ci, une vraie lassitude qui dure, une certaine tristesse qui progresse. Le phénomène n'est pas propre à notre pays. La France, aussi, se paye une sorte de spleen printanier.
Près de 50 ans après Mai 68, la révolte gronde en France, à l'égard d'un gouvernement qui peine à expliquer le bien-fondé de ses projets. Dans les rues, sur les places, jeunes idéalistes - mais aussi casseurs - s'approprient l'espace public et cherchent à réinventer le monde et la manière de faire de la politique. Les élites françaises se perdent dans des débats intellectuels à mille lieux des préoccupations quotidiennes des Français. La France, comme toujours, peine à se réformer dans la douceur : elle préfère la douleur. Le symptôme belge est pareil.
Chez nous aussi, la fatigue s'est installée. Mais la maladie est autre. Bien sûr, les attentats ont créé un choc immense et suscité méfiance, colère et peur. Mais, en réalité, le mal belge était antérieur à ces actes de terreur. Le mal belge est plus profond, plus diffus, plus difficile à identifier et donc à combattre. Le mal belge vient de ce sentiment que notre pays est à bout de forces, à bout d'idées, à bout de projets. Ce mal, ce découragement, cette déprime viennent de ce triste constat : les réformes successives non abouties et la volonté, affichée par certains de réduire l'Etat belge à peau de chagrin, ont fini par provoquer ce que l'on craignait : la déglingue. Celle des tunnels, des centrales nucléaires, des administrations, des musées.
Non, tout ne va pas mal, bien sûr. Mais de très nombreux Belges ont le sentiment que leur pays n'a pas été géré en bon père de famille. Il manque un grand projet commun. Des patrons ont lancé des idées. Politiques, entrepreneurs, associations, citoyens devraient s'unir pour porter cet objectif de relance. Il manque un maître d'œuvre. Cela s'appelle un Premier ministre…