Le métronome des négociations fédérales
Un édito de François Mathieu

- Publié le 29-12-2024 à 20h39

Le métronome, instrument de précision s'il en est, est censé rythmer implacablement le temps. Il incarne surtout, dans le cadre des négociations fédérales, l'absurdité d'une situation politique qui ne trouve aucun rythme. Depuis les élections du 9 juin, on espérait une partition de centre et de droite, solide et rapide, dans laquelle chaque mouvement s'enchaînerait sans heurt. Mais, comme un métronome qui oscille indéfiniment, les négociations fédérales tournent à vide, dans un ballet politique dont le seul fil conducteur semble être l'absence d'avancées réelles. Même la répartition de l'effort de base sur la législature est encore sujette à discussion, plus de 200 jours après les élections.
À l'image de ce métronome qui va de gauche à droite, les partis se renvoient la balle, en cherchant à désigner l'autre comme responsable de la stagnation. Conner Rousseau et Georges-Louis Bouchez plus particulièrement, les chefs de file de Vooruit et du MR, ne cessent de s'accuser mutuellement, en coulisses ou par voie de presse, d'être les responsables de l'impasse actuelle. Mais cette valse incessante ne mène nulle part. Ou plutôt si: elle conduit la Belgique dans le mur, lentement mais sûrement, et entretient l'incompréhension des citoyens, même si les négociateurs annonçaient dimanche un gouvernement pour fin janvier. A voir...
En attendant, les discussions tanguent à gauche, puis à droite, en fonction des jeux d'alliances et des petites victoires que chaque parti cherche à rafler. Comme un métronome capricieux, le bateau belge penche alternativement d'un côté à l'autre, ne parvenant jamais à trouver une direction stable. L'agenda des négociations semble figé, les aiguilles de l'horloge politique aussi.
Et pourtant, il y a urgence. La perte d'une année fiscale, faute d'accord, se fait déjà sentir. Les mesures d'urgence qui devaient figurer dans l'accord gouvernemental s'éloignent chaque jour un peu plus. Mais à la table des négociateurs, aucun signe de précipitation, rien qui ressemble à l'urgence qu'impose la situation. Le métronome s'emballe mais n'accélère pas les négociations. La Belgique, coincée par cette paralysie politique, attend toujours que les aiguilles de l'horloge fédérale reprennent leur course, en espérant que ce ballet d'égos finira par cesser, que les visions économiques de la société diamétralement opposées jusqu'ici pourront enfin (un peu) s'accorder, et que le gouvernement verra enfin le jour.