Pax fiscalis
Un édito de François Mathieu

- Publié le 07-09-2026 à 00h00
- Mis à jour le 07-09-2026 à 08h05


"Les efforts ne seront indolores pour personne", "tout le monde devra contribuer" : ces refrains, la Belgique les entend depuis des années, et les voici qui reviennent, plus insistants que jamais, à l'approche des négociations budgétaires les plus périlleuses depuis quarante ans. Le problème n'est pas tant la formule que son décalage criant avec la réalité.
Car enfin, où sont les preuves des efforts collectifs déjà réalisés jusqu'ici, en dehors de 10 milliards supplémentaires à glaner ? Pas dans les chiffres macroéconomiques : déficit, dette et poids des dépenses publiques trônent toujours parmi les pires d'Europe, loin du soutenable. Pas davantage dans le quotidien des Belges, pour qui la promesse électorale de 500 euros de pouvoir d'achat supplémentaire par mois s'est parfois muée, dans les faits, en son exact contraire. Entre mesures déjà encaissées et contexte économique mondial dégradé, ménages et entreprises ont vu leur confiance s'éroder. L'équation budgétaire à résoudre d'ici la mi-octobre pour les partenaires de la coalition Arizona est complexe, personne ne le conteste, mais ce constat ne dispense pas l'exécutif De Wever de volontarisme, sur deux fronts précis.
D'abord, une véritable pax fiscalis. Le climat des affaires, déjà fragilisé par une conjoncture anxiogène et dégradée, ne supporte plus les à-coups permanents de la fiscalité des entreprises. Celles-ci ne demandent pas l'exemption mais une stabilité et une simplification des règles qui leur permettraient enfin de consacrer du temps à produire plutôt qu'à se conformer. Quinze ans d'inflation normative fiscale ont fini par saper la confiance et dissuader l'investissement.
Ensuite, un authentique projet de relance. La confiance, si elle a cessé de se dégrader, demeure anémique. Elle constitue pourtant une variable de l'équation budgétaire au moins aussi décisive que la recherche des "10 milliards" d'ici 2029. Réduire le conclave à une chasse comptable serait une erreur stratégique : sans perspective de reprise, sans souffle redonné aux ménages et aux entreprises, aucun assainissement ne sera ni acceptable, ni durable.
Trouver dix milliards ces prochaines semaines ne sera pas une mince affaire. Mais la méthode compte autant que le montant. En choisissant la voie de l'apaisement fiscal et de la relance plutôt que celle du seul rabot, le gouvernement De Wever pourrait transformer une contrainte budgétaire en opportunité : redonner du souffle aux entreprises et, de ce fait, aux citoyens.